‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 352 sur 1093 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

NÉRINE

Malheureux instrument du malheur qui nous presse, Que j'ai pitié de toi , déplorable princesse ' ! Avant que le soleil ait fait encore un tour, Ta perte inévitable achève ton amour.

Ton destin te trahit , et ta beauté fatale Sous l'appât d'un hymen t'expose à ta rivale ; Ton sceptre est impuissant à vaincre son effort ; Et le jour de sa fuite est celui de ta mort. Sa vengeance à la main elle n'a qu'à résoudre , Un mot du haut des cieux fait descendre le foudre ; Les mers, pour noyer tout, n'attendent que sa loi; La terre offre à s'ouvrir sous le palais du roi ; L'air tient les vents tout prêts à suivre sa colère , Tant la nature esclave a peur de lui déplaire ; Et , si ce n'est assez de tous les éléments , Les enfers vont sortir à ses commandements. Moi , bien que mon devoir m'attache à son service , .Te lui prête à regret un silence complice ; D'un louable désir mon cœur sollicité Lui ferait avec joie une infidélité :

Mais , loin de s'arrêter, sa rage découverte , A celle de Creuse ajouterait ma perte ; Et mon funeste avis ne servirait de rien Qu'à confondre mon sang dans les bouillons du sien. D'un mouvement contraire à celui de mon âme, La crainte de la mort m'ôte celle du blâme ; Et ma timidité s'efforce d'avancer Ce que hors du péril je voudrais traverser.

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