MÉDÉE, NÉRINE
MÉDÉE
J'y donnerai bon ordre : il est en ta puissance D'oublier mon aujour, mais non pas ma vengeance; Je la saurai graver en les esprits glacés Par des coups trop profonds pour en être effacés ' .
Il aime ses enfants, ce courage inflexible : Son faible est découvert ; par eux il est sensible , Par eux mon bras , armé d'une juste rigueur, Va trouver des chemins à lui percer le cœur.
NÉDINE.
Madame, épargnez-les, épargnez vos entrailles; N'avancez point par là vos propres funérailles : Contre un sang innocent pourquoi vous irriter, Si Creuse en vos lacs se vient précipiter? Elle-même s'y jette , et Jason vous la livre.
MÉDÉE
Tu flattes mes désirs.
NÉRINE
Queje cesse de vivre,
sion forcenée di; régner, on ne la pourrait pas souffrir : et que si elle n'était pas punie , la pièce ne pourrait être jouée. ( V. )
' Celte idée déteslai)le de tuer ses propres enfants pour se venger de leur père , idée un peu soudaine , et qui ne laisse voir | que l'atrocité d'une venj^eance révoltante, sans qu'elle soit ici coiu])atlue par les ini)ii\(lres remords, est encore prise de Séneque, dont Corneille a imité les beautés et les del'auls. ( V. )
Si ce queje vous dis n'est pure vérité!
Ah ! ne me tiens donc plus l'âme en perplexité!
NÉRINE
Madame, il faut garder que quelqu'un ne vous voie, Et du palais du roi découvre notre joie : Un dessein éventé succède rarement.
MÉDÉE
Rentrons donc, et mettons nos secrets sûrement.