MÉDÉE, NÉRINE
MÉDÉE , seule dans sa grotte magique.
C'est trop peu de Jason que ton œil me dérobe , C'est trop peu de mon lit , tu veux encor ma robe , Rivale insatiable; et c'est encor trop peu , Si , la force à la main , tu l'as sans mon aveu ; Il faut que par moi-même elle te soit offerte , Que , perdant mes enfants , j'achète encor leur perte ; Il en faut un hommage à tes divins attraits ; Et des remercîments au vol que tu me fais. Tu l'auras; mon refus serait un nouveau crime : Mais je t'en veux parer pour être ma victime. Et sous un faux semblant de libéralité, Sortler et ma vengeance et ton avidité. Le charme est achevé , tu peux rentrer, Nérine'. {ISérine entre, et Médée continu''.) Mes maux dans ces poisons trouvent leur médecine : Vois combien de serpents à mon commandement D'Afrique jusqu'ici n'ont tardé qu'im moment, Et contraints d'obéir à mes charmes funestes , Ont sur ce don fatal vomi toutes leurs pestes. L'amour à tous mes sens ne fut jamais si doux
' Dans la tragédie de Macbeth, qu'on regarde comme un cliefd'œuvrc de Shakespeare, trois sorcières font leurs enchantements sur le théâtre : elles arrivent au milieu des éclairs et du t(jnnerrc avec un grand chaudron , dans leciud elles font bouillir des herl)es. Le chat a miaulé trois fois, disent-elles; il est temps, il est temps. Elles jettent un crapaud dans le chaudron , et apostrophent le crapaud, en criant en refrain : Double , double, chaudron, trouble; que le feu brûle, que l'eau bouille; double, double. Cela vaut bien les serpents qui sont venus d'Afrique en un moment , et ces herbes que Médée a cueillies le pied nu , en faisant pâlir la lune ; et ce plumage noir d'une barpie. Ces puérilités ne seraient pas admises aujourd'hui.
C'est à l'opéra, c'est à ce spectacle consacré aux fables, que ces euchanteraentï conviennent, et c'est là qu'ils ont été le mieux traités. (V.)