SUPPLÉMENT A LA VÏE DE CORNEILLE
espèce de triomphe , personne ne doute qu'il ne se fût abstenu de paraître au spectacle. ( Tableau historique de r esprit des littérateurs, t. II, p. 64, 1785, in-S". 4 vol.)
Je suis au désespoir que vous ayez eu Eajazet par d'autres que par moi.... Je voulais vous envoyer la Champmêlé pour vous réchauffer la pièce. Le personnage de Bajazet est glacé ; les mœurs des Turcs y sont mal observées ; le dénomment n'est point bien préparé; on n'entre point dans les raisons de cette grande tuerie : il y a pourtant des choses agréables, mais rien de parfaitement beau, rien qui enlève, point de ces tirades de Corneille qui font frissonner. Ma Qlle, gardons-nous bien de lui comparer Racine; sentons-en toujours la différence. Vive notre vieil ami Corneille! Pardonnons-lui de méchants vers en faveur des divines et sublimes beautés qui nous transportent : ce sont des traits de maître inimitables. Despréaux en dit encore plus que moi. En un mot, c'est le bon goût : tenez-vous-y. (Madame de Sévigné.)
Ce n'est pas la coutume de l'Académie de se lever de sa place dans les assemblées pour personne ; chacun demeure comme il est. Cependant, lorsque M. Corneille arrivait après moi, j'avais pour lui tant de vénération , que je lui faisais cet honneur. C'est lui qui a formé le théâtre français. Il ne l'a pas seulement enrichi d'un grand nombre de belles pièces toutes différentes les unes des autres , on lui est encore redevable de toutes les bonnes de tous ceux qui sont venus après lui. Il n'y a que la comédie où il n'a pas si bien réussi. Il y a toujours quelques scènes trop sérieuses : celles de Molière ne sont pas de même ; tout y ressent la comédie. M. Corneille sentait bien que Molière avait eu cet avantage sur lui; c'est pour cela qu'il en avait de la jalousie, ne pouvant s'empêcher de le témoigner : mais il avait tort.
(SÉGHAIS.)
Étant une fois près de Corneille sur le théâtre , à une représentation de Bajazet (1G72), il médit : Je me garderais bien de le dire à d'autres que vous, parce qu'on pourrait croire que j'en parle par jalousie ; mais , prenez-y garde , il n'y a pas un seul personnage dans ce Bajazet qui ait les sentiments qu'il doit avoir, et que l'on a àConstantinople : ils ont tous, sous un habit turc, le sentiment qu'on a au milieu de la France. Il avait raison, et l'on ne voit pas cela dans Corneille : le Romain y parle comme un Ro-
main, le Grec comme un Grec, l'Indien comme un Indien, et l'Espagnol comme un Espagnol. (SÉ-