SCÈNE PREMIÈRE
CHIMÈNE, ELVIRE
CRIMÈNE.
Elvire, m'as-tu fait un rapport bien sincère.' Ne d(^uises-tu rien de ce qu'a dit mon père?
ELVIRE
Tous mes sens à moi-même en sont encor charmes :
Il estime Rodrigue autant que vous l'aimez ;
Et si je ne m'abuse à lire dans son âme,
il vous commandera de répondre à sa flamme.
CHIMÈNE
pis-moi donc, je te prie, une seconde fois
Ce qui te fait juger qu'il approuve mon choix ; [dre ;
Apprends-moi de nouveau quel espoir j'en dois pren-
Un si charmant discours ne se peut trop entendre;
Tu ne peux trop promettre aux feux de notre amour
I>a douce liberté de se montrer au jour.
Que t'a-t-il répondu sur la secrète brigue
Que font auprès de toi don Sanche et don Rodrigue.'
N'as-tu point trop fait voir quelle inégalité
Entre ces deux amants me peuche d'un côté ?
' Remarquez que la scène est tantôt au palais du roi, tantôt dans la maison du comte de Gormas , tantôt dans la ville ; mais, xîomme je le dis ailleurs , l'unilé de lieu serait observée aux yeux des spectateurs, si on avait eu des théâtres dignes de Corneille, .semblables à celui de Vicence, qui représente une *ille, un palais, des rues, une place, etc.; car cette unité ne /consiste pas à représenter toute l'action dans un cabinet , dans une chambre, mais dans plusieurs endroits contigus que l'œil puisse apercevoir sans peine. (V.)
» Dans l'origine, le Cid portait le titre ée tragi-comédie, et s'ouvrait par une scène entre le comte de Gormas et Elvire, 4ans laquelle Corneille mettait en dialague ce que Chimène /apprend par le refit de sa suivante ; en changeant la forme de VM exposition, l'auteur donna plus de rapidité à son action. (V.)