SCÈNE V
I). DIKC.TIK.
O rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! N'ai-je donc tant vécu nue pour cette infamie ?
" On ne donnerait pas aujourd'hui un soufllet sur lajoucd'u'.i héro.s. Les acteurs mêmes sont très-emljarrassés à donner eu soulflct ; ils font le semblant. Cela n'est plus même soullcrt dans la comédie, et c'est le seul exemple «(u'on en a il .sur le lliéàtre tragique. Il est a croire que c'est une des raisons qui tirent intituler le Cid , tragi-comédie. Presque toutes les pièces de Seudéri et de Boisroberl avaient été des tragi-comédies. On avait cru longtemps en France qu'on ne pouvait supporter le tragique continu sans mélange d'aucune familiarité. Le motde tnujicumcdie est très-ancien; Piaule l'emploie pour désigner son Amphitrijon , parce que si l'aventure de Sosie est comique, Ainpiiltryoni'sl très-sérieusemenl affligé. (V.)
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers? ]\Ion bras, qu'avec respect toute l'Espagne admire , Mon bras , qui tant de fois a sauvé cet empire , Tant de fois affermi le trône de son roi , Trahit donc ma querelle , et ne fait rien pour moi ? O cruel souvenir de ma gloire passée!
Œuvre de tant de jours en un jour effacée ! Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur!
Précipice élevé d'où tombe mon honneur ! Faut-il de votre éclat voir triompher le comte, Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ? Comte, sois de mon prince à présent gouverneur ; Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur; Et ton jaloux orgueil , par cet affront insigne , IMalgré le choix du roi , m'en a su rendre indigne. Et toi , de mes exploits glorieux instrument , Mais d'un corps tout de glace inutile ornement, Fer jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense, M'as servi de parade , et non pas de défense , Va, quitte désormais le dernier des humains , Passe, pour me venger, en de meilleures mains.