‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 448 sur 1093 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

D. RODI\ICUE, ELVIRE.

ELVIRE

Hodrigue, qu'as-tu fait? où viens-tu, misérable'

I). RODni(;iiE.

Suivre le triste cours de mon sort déplorable.

ELVIRE

Où prends-tu cette audace et ce nouvel orgueil De paraître en des lieux que tu remplis de deuil ? Quoi ! vieiis-lu ju.squ'ici braver l'ombre du comte.'' JNel'as-lu pas lue?

D. RODRir.UE.

Sa vie était ma honte; Mon honneur de ma main a voulu cet effort.

ELVIRF..

Mais chercher ton asile en la mai.son du mort ! .lamais un uK'urlrier en lit-il son refuge.^

' r>o/7;t'aii,ionrd'lnil n'est plus aciif : on tVd a m oi l ir ; mtm il me scnilile (pi'il <'^l permis en vers de dire , rrullrf nwi tourments, nus itnuiis, vus douliiirs , mes pciiuo. (V.)

D. RODRIGUE

Et je n'y viens aussi que m'offrir à mon juge.

^'e me regarde plus d'un visage étonné ;

Je cherche le trépas après l'avoir donné.

l\Ion juge est mon amour, mon juge est ma Chimène :

Je mérite la mort de mériter sa haine ,

Et j'en viens recevoir, comme un bien souverain ,

Et l'arrêt de sa bouche, et le coup de sa main.

ELVIRE

Fui's plutôt de ses yeux , fuis de sa violence ; A ses premiers transports dérobe ta présence. Va , ne t'expose point aux premiers mouvements Que poussera l'ardeur de ses ressentiments.

D. RODRIGUE

Non , non , ce cher objet à qui j'ai pu déplaire Ne peut pour mon supplice avoir trop de colère ' ; Et j'évite cent morts qui me vont accabler. Si pour mourir plus tût je la puis redoubler.

ELVIRE

Chimène est au palais , de pleurs toute baignée , Et n'en reviendra point que bien accompagnée. Rodrigue , fuis , de grâce, ôte-moi de souci. Que ne dira-t-on point si l'on te voit ici .' Veux-tu qu'un médisant, pour comble à sa misère , L'accuse d'y souffrir l'assassin de son père .' Elle va revenir; elle vient, je la voi : Du moins, pour son honneur, Rodrigue , cache-toi.

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