SCENE PREMIERE
D. RODI\ICUE, ELVIRE.
ELVIRE
Hodrigue, qu'as-tu fait? où viens-tu, misérable'
I). RODni(;iiE.
Suivre le triste cours de mon sort déplorable.
ELVIRE
Où prends-tu cette audace et ce nouvel orgueil De paraître en des lieux que tu remplis de deuil ? Quoi ! vieiis-lu ju.squ'ici braver l'ombre du comte.'' JNel'as-lu pas lue?
D. RODRir.UE.
Sa vie était ma honte; Mon honneur de ma main a voulu cet effort.
ELVIRF..
Mais chercher ton asile en la mai.son du mort ! .lamais un uK'urlrier en lit-il son refuge.^
' r>o/7;t'aii,ionrd'lnil n'est plus aciif : on tVd a m oi l ir ; mtm il me scnilile (pi'il <'^l permis en vers de dire , rrullrf nwi tourments, nus itnuiis, vus douliiirs , mes pciiuo. (V.)
D. RODRIGUE
Et je n'y viens aussi que m'offrir à mon juge.
^'e me regarde plus d'un visage étonné ;
Je cherche le trépas après l'avoir donné.
l\Ion juge est mon amour, mon juge est ma Chimène :
Je mérite la mort de mériter sa haine ,
Et j'en viens recevoir, comme un bien souverain ,
Et l'arrêt de sa bouche, et le coup de sa main.
ELVIRE
Fui's plutôt de ses yeux , fuis de sa violence ; A ses premiers transports dérobe ta présence. Va , ne t'expose point aux premiers mouvements Que poussera l'ardeur de ses ressentiments.
D. RODRIGUE
Non , non , ce cher objet à qui j'ai pu déplaire Ne peut pour mon supplice avoir trop de colère ' ; Et j'évite cent morts qui me vont accabler. Si pour mourir plus tût je la puis redoubler.
ELVIRE
Chimène est au palais , de pleurs toute baignée , Et n'en reviendra point que bien accompagnée. Rodrigue , fuis , de grâce, ôte-moi de souci. Que ne dira-t-on point si l'on te voit ici .' Veux-tu qu'un médisant, pour comble à sa misère , L'accuse d'y souffrir l'assassin de son père .' Elle va revenir; elle vient, je la voi : Du moins, pour son honneur, Rodrigue , cache-toi.