‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 456 sur 1093 · D. FERNAND, D. DIÈGUE, D. ARIAS, D. RODRIGUE , D. SANCIIE · texte numérisé non relu

D. FERNAND, D. DIÈGUE, D. ARIAS, D. RODRIGUE , D. SANCIIE

D. FERNAND

Généreux héritier d'une illustre famille

Qui fut toujours la gloire et l'appui de Castille ,

Race de tant d'aïeux en valeur signalés ,

■ Toujours la scène vide, et nulle liaison ; c'était encore un des défauts du siècle. Cette ncgiipcnce rend la tragédie bien plus facile à faire , mais i)ien plus défectueuse. (V)

LE cm, ACTE

Que l'essai de la lionne a si tôt égalés , Pour te récompenser ma force est trop petite; Et j'ai moins de pouvoir que tu n"as de mérite. Le pays délivré d'un si rude ennemi , Mon sceptre dans ma main par la tienne affermi , Et les i\Iaures défaits avant qu'en ces alarmes J'eusse pu donner ordre à repousser leurs armes ' , Ne sont point des exploits qui laissent à ton roi Le moyen ni l'espoir de s'acquitter vers toi. IMais deux rois tes captifs feront ta récompense : Ils t'ont nommé tous deux leur Cid en ma présence. Puisque Cid en leur langue est autant que seigneur, Je ne t'envîrai pas ce beau titre d'honneur. Sois désormais le Cid ; qu'à ce grand nom tout cède ; Qu'il comble d'épouvante et Grenade et Tolède, Et qu'il marque à tous ceux qui vivent sous mes lois Et ce que tu me vaux , et ce que je te dois.

D. RODRIGUE

Que votre majesté, sire, épargne ma honte ^ D'un si faible service elle fait trop de compte , Et me force à rougir devant un si grand roi De mériter si peu l'honneur que j'en recoi. Je sais trop que je dois au bien de votre empire , Et le sang qui m'anime, et l'air que je respire; Et quand je les perdrai pour un si digne objet, Je ferai seulement le devoir d'un sujet.

D. FEBi\AIN'D.

Tous ceux que ce devoir à mon service engage ]N e s'en acquittent pas avec même courage ; Et lorsque la valeur ne va point dans l'excès, Elle ne produit point de si rares succès. Souffre donc qu'on te loue, et de cette victoire Apprends-moi plus au long la véritable histoire.

D. RODRIGUE

Sire, vous avez su qu'en ce danger pressant , Qui jeta dans la ville un effroi si puissant , Une troupe d'amis chez mon père assemblée Sollicita mon âme encor toute troublée... Mais, sire, pardonnez à ma témérité.

Si j'osai l'employer sans votre autorité; Le péril approchait ; leur brigade était prête ; l\Ie montrant à la cour, je hasardais ma tête : Et, s'il fallait la perdre, il m'était bien plus doux De sortir de la vie en combattant pour vous.

D. FERNAND

J'excuse ta chaleur à venger Ion offense; Et l'Étal défendu me parle en ta défense : Crois que dorénavant Chimène a beau parler. Je ne l'écoute plus que pour la consoler. Mais poursuis.

' I.e roi ne joue pas là un personnage bien respcclal)Ip; il avoue, qu'il n'a donné ordre à rien. (V.)

' Le mot de honte n'esl pas le mot propre. Une valeur qui ne Vil /.oint dans l'excès est plus impropre encore. (V.)

COKNLII.I.E. — TOMF I.

IV, SCÈNE IIL 241

D. RODRIGUE

Sous moi donc celte troupe s avance , Et porte sur le front une mâle assurance. Kous partîmes cinq cents ; mais , par un prompt ren- Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port ' , [fort, Tant , à nous voir marcher avec un tel visage , Les plus épouvantés reprenaient de courage! J'en cache les dieux tiers, aussitôt qu'arrivés. Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés : Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure, Brûlant d'impatience, autour de moi demeure, Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit , Passe une bonne part d'une si belle nuit. Par mon commandement la garde en fait de même , Et se tenant cachée, aide à mon stratagème; Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles Enfin avec le flux nous fit voir trente voiles ; L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort Les Maures et la mer montent jusques au port. On les laisse passer ; tout leur paraît tranquille ; Point de soldats au port, point aux murs de la ville. Notre profond silence abusant leurs esprits. Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris; Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent, Et courent se livrer aux mains qui les attendent.' Nous nous levons alors , et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants; Les nôtres , à ces cris , de nos vaisseaux répondent ; Ils paraissent armés, les Maures se confondent, L'épouvante les prend à demi descendus ; Avant que de combattre ils s'estianent perdus. Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre; Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur ter- Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang, [re, Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang. Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient, Leur courage renaît, et leurs terreurs s'oublient : La honte de mourir sans avoir combattu Arrête leur désordre, et leur rend leur vertu.

' L'Académie n'a point repris cet endroit, qui consiste a substituer l'aoriste au simple pasué. Je vis, je fis, j'allai, je prrrli.i, jje peut se dire d'une chose faite le jour où l'on parle. Plut à Dieu que cette licence fut permise en poésie ! car nous nous sommes vus cinq cents, nous sommes partis, rsl bien languissant; on eut pu dire :

Nous n'étions que cinq cent» ; mais , pni- un prompt rciifoi-t , Nous nous voyons trois mille en orrivant nu port.

L'Académie ne prononça point s»ir cette faute, uniquement par la raison cpie Scudér'i nt! l'avait pas relevée, et qu'elle se borna, romme je l'ai d^yà dit, à juger entre Corneille et Scudéri. (V.)

Voltaire ne se rappelait donc pas que nos meilleurs poole:»

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