LE CID, ACTE IV, SCÈNE V
Contre nous de pied ferme ils tirent lem's alfanges ' ,
De notre sang au leur font d'horribles mélanges;
Kt la terre , et le fleuve , et leur flotte , et le port ,
Sont des champs de carnage où triomphe la mort.
O combien d'actions , combien d'exploits célèbres
Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres ,
On chacun, seul témoindesgrandscoupsqu'il donnait,
Ne pouvait discerner oij le sort inclinait!
J'allais de tous côtés encourager les nôtres ,
Faire avancer les uns, et soutenir les autres,
Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour;
Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour.
Mais enfln sa clarté montre notre avantage ;
Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage :
Et voyant un renfort qui nous vient secourir,
L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.
Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles.
Poussent jusques aux cieux des cris épouvantables ,
Font retraite en tumulte, et sans considérer
Si leurs rois avec eux peuvent se retirer.
Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop forte ;
Le flux les apporta , le reflux les remporte ;
Cependant que leurs rois , engagés parmi nous ,
Et quelque peu des leurs , tout percés de nos coups ,
iJisputent vaillamment et vendent bien leur vie.
A se rendre moi-même en vain je les convie ;
Le cimeterre au poing ils ne m'écoutent pas :
Mais voyant à lears pieds tomber tous leurs soldats.
Et que seuls désormais en vain ils se défendent ,
Ils demandent le chef; je me nomme, ils se rendent.
Je vous les envoyai tous deux en même temps ;
Et le combat cessa faute de combattants.
C'est de cette façon que , pour votre service...