SCÈNE V
D, FERNAND, D. DIÈGUE, D. ARIAS, D. SANCHE, D. ALONSE, CHIMÈNE, ELVIRE.
D. FERNAND
Enfin soyez contente , Chimène, le succès répond à votre attente '. Si de nos ennemis Rodrigue a le dessus , Il est mort à nos yeux des coups qu'il a reçus ; Rendez grâces au ciel, qui vous en a vengée.
( à D. Diéç/ue. ) Voyez comme déjà sa couleur est changée.
Mais voyez qu'elle pâme, et d'un amour parfait , Dans cette pâmoison, sire, admirez l'effet. Sa douleur a trahi les secrets de son Ame, Et ne vous permet plus de douter de sa flamme.
CHIMÈNE
Quoi ! Rodrigue est donc mort.=>
D. FERNAND
Non, non, il voit le jour, Et te conserve encore un immuable amour : Calme cette douleur qui pour lui s'intéresse.
CHIMÈNE
Sire, on pâme de joie, ainsi que de tristesse ' : Un excès de plaisir nous rend tout languissants ; Et quand il surprend l'âme, il accable les sens.
D. FERNAND
Tu veux qu'en ta faveur nous croyions l'impossiblr ? Chimène , ta douleur a paru trop visible.
CHIMÈNE
Eh bien , sire , ajoutez ce comble à mon malheur. Nommez ma pâmoison l'effet de ma douleur :
j Unjuste déplaisir à ce point m'a réduite;
i Son trépas dérobait sa tête à ma poursuite;
I S'il meurt des coups reçus pour le bien du pays,
1 Ma vengeance est perdue et mes desseins trahis :
' Cette petite ruse du roi est prise de l'auteur espagnol : l'Académie ne la condamne pas. C'est apparemment le litre de ù-u^/icon^eV7/<'qui la disposait à celte indulgence'; car ce moyen parait aujourd'lmi peu digne de la noblesse du tragique. (V.)
^ On ne dit pas pâmer, évanouir; on dit se pâmer, s'cva- 7I0M»-. Cette défaitedeChiracneest comique, et fait rire. La faute est de l'original; mais ses termes sont plus convenables. (V.)