II, SCÈNE I
D'une seule maison brave toutes les nôtres : Nous croirons , à la voir tout entière en vos mains , Que hors les fils d'Horace il n'est point de Romains. Ce choix pouvait combler trois familles de gloire, Consacrer hautement leurs noms à la mémoire ' : Oui , l'honneur que reçoit la vôtre par ce choix ^ En pouvait à bon titre immortaliser trois ; Et puisque c'est chez vous que mon heur et maflamme, Rl'ont fait placer ma sœur et choisir une femme , Ce que je vais vous être et ce que je vous suis Me font y prendre part autant que je le puis : Mais un autre intérêt tient ma joie en contrainte , Et parmi ses douceurs mêle beaucoup de crainte : La guerre en tel éclat a mis votre valeur, Que je tremble pour Alhe et prévois son ntalheuv : Puisque vous combattez, sa perte est assurée; En vous faisant nommer, le destin l'a jurée, .le vois trop dans ce choix ses funestes projets, Et me compte déjà pour un de vos sujets.
HORACE. [Rome,
Lofn de trembler pourAlbe,il vous faut plaindre Voyant ceux qu'elle oublie , et les trois qu'elle nomme. C'est un aveuglement pour elle bien fatal D'avoir tant à choisir, et de choisir si mal. Mille de ses enfants beaucoup plus dignes d'elle Pouvaient bien mieux que nous soutenir sa querelle : Mais quoique ce combat me promette un cercueil , La gloire de ce choix m'enfle d'un juste orgiieil; Mon esprit en conçoit une mâle assurance ; J'ose espérer beaucoup de mon peu de vaillance , VA du sort envieux quels que soient les projets, Je ne me compte point pour un de vos sujets. Rome a trop cru de moi ; mais mon àme ravie Remplira son attente , ou quittera la vie. Qui veut mourir, ou vaincre , est vaincu raremenl , Ce noble désespoir périt malaisément ^.
d'oser n'est pas français. D'une maison braver les outres n'est pas une expression heureuse ; mais le .seii.s est fort beau . On voit que quelquefois Corneille a mal corrigé ses vers. Ji; crois que l'on peut imputer celle singularité non-seulemenl au peu de bons critiques que la France avait alors , au i)eu de connaissance dt! la pureté et de l'élégance de la langue , mais au génie même de Corneille , qui ne produisait s<:s beautés que quanU il était animé par la force de son sujet. ( V. ) — D'une seulemaison brave toutes les autres nous parait d'un très-beau sens , el même un beau vers. Celui (|ui le précède valait mieux dans les premières éditions; il était plus naturel , plus simple, et Corneille eut tort de le changer. ( V. )
' Remarquez que haulcmcnlSail languir le vers, parce que ce mot est inutile. ( V. )
* Celle répétition , oui, l'honneur, est très-vicieuse. Omne supervacuumpleno de pectore manai. C'est ici ce qu'on appelle une batlologie : il est permis de répéter dans la passion, mais uou pas dans un compliment. ( y. )
5 Un désespoir qui périt malaisément n'a pas un sens clair ; déplus, Horace n'a point de désespoir. Ce vers est le seul qu'on Ijuibse reprendre dans celle belle lirad;' ( V ) ^ C'est une résolu-