HORACE, SABINE, CURIACE, CAMILLE
CURIACE
Dieux , Sabine le suit ! Pour ébranler mon cœur, Est-ce peu de Camille? y joignez-vous ma sœur? Et , laissant à ses pleurs vaincre ce grand courage , L'amenez-vous ici chercher même avantage ?
SABINE
Non , non , mon frère , non , je ne viens en ce lieu » Que pour vous embrasser et pour vous dire adieu. Votre sang est trop bon , n'en craignez rien de lâche , Rien dont la fermeté de'<;es grands cœurs se fùche •* :
menls si vrais, qu'elle couvre tout d'un coup ce petit défaut.
' ... Qael malheur, si l'amour de sa femme
Ne peut non plus sur lui que le mien sur ton rime!
n'est pas français; la grammaire demande, ne peut, pas jdiis sur lui. Ces deux vers ne sont pas faits. Il ne faut pas s'al leiid i e à trouver dans Corneille la pureté , la correction , reléf;aiiee du style : ce mérile ne fut connu que dans les beaux jours du -.-MeUde LouisXIV. C'est unerédexionqucles lecteurs doivent falie souvent pour jnstitier Corneille, et pour excuser la nmltilude des notes du commentateur. (V.)
^ Ces trois non , et en ce lieu , font un mauvais effet. On sent <iue le lieu est pour la rime , et les «oh. redoublés pour h? vers. Os négligences , si pardonnables dans un bel ouvrage , sont remar(|uées aujourd'hui. Mais ces termes , en ce lieu, en ces lieux, cessent d'être une expression oiseuse, une cheville, (juand ils signifient qu'on doit être en ce lieu plutôt qu'ailleurs. ( V. ) — Pourquoi ces non redoublés seraient-ils pour la mesure du vers '?Corneilloélait-il donc réduit à ces misérables res.sources? Ceite répétition , que le public n'a jamais désapprouvée , lui parut permiseà la passion, oudumoinsil la jugea sansiiicniiMinienl. Voltaire pouvait-il descendre à des remarques si uiiuulieuses? (P.)
' .S". /(((7c est trop faillie , trop du style familier ; mais le leC'
ej.a^
HORACE, ACTE
Si ce malheur illustre ébranlait l'un de vous , Je le désavoûrais pour frère ou pour époux. Pourrai- je toutefois vous faire une prière Digne d'un tel époux et digne d'un tel frère ? Je veux d'un coup si noble ôter l'iuipiété , A l'honneur qui l'attend rendre sa pureté , La mettre en son éclat sans mélange de crimes ; Enlin , je vous veux faire ennemis légitimes. Ou saint nœud qui vous joint je suis le seul lien : Quand je ne serai plus, vous ne vous serez rien. Brisez votre alliance , et rompez-en la chaîne; Et puisque votre honneur veut des effets de haine , Achetez par ma mort le droit de vous haïr : Albe le veut , et Rome ; il faut leur obéir. Qu'un de vous d'eux me tue, et que l'autre me venge ' Alors votre combat n'aura plus rien d'étrange, Et du moins l'un des deux sera juste agresSiîH'N Ou pour venger sa femme, ou pour venger sa sœur. Alais quoi! vous souilleriez une gloire si belle. Si vous vous animiez par quelque autre querelle : Le zèle du pays vous défend de tels soins ; Vous feriez peu pour lui si vous vous étiez moins '. Il lui faut , et sans haine, immoler un beau-rfrère. Ne différez donc plus ce que vous devez faire ; ('onunencez par sa sœur à répandre son sang, (lonuuencez par sa femme à lui percer le flanc, Commencez par Sabine à faire de vos vies Lin digne sacrifice à vos chères patries : Vous êtes ennemis en ce combat fameux, Vous d'Albe, vous de Rome, et moi de toutes deux. Quoi! me réservez-vous à voir une victoire Où , pour haut apjïareil d'une pompeuse gloire ^ , Je verrai les lauriers d'un frère ou d'un mari Fumer eneor d'un sang que j'aurai tant chéri ? l'ourrai-je entre vous deux régler alors mon ame.
Ifiir doit examiner quelque chose tl(! plus imporlanl; il verra (|ue ceUe scène di; Saisine n'était pas nécessaire, qu'elle ne fait pas un coup de théâtre , que le discours de Sahhje est trop arlilicieux , que sa douUuir est trop étudiée, (jue ce n'est qu'un effort de rhétori(iue. Cette proposition qu'un îles deux la tue, et ([U(î l'autre la venge, n'a pas l'air sérieux; et d'ailleurs, cela n'empêchera pas que Curiace ne conihatte le frère de sa niaitresse, et qu'Horace ne comhatte l'époux promis à sa sieur. De plus, r.amille est un personnage nécessaire, et Sahine ne l'est pas; c'est sur Camille que roule l'intrigue, ftpousera-t-elle son uinant? ne l'épouse ra-t-elle pas? Ce sont les personiia^^cs dont le sort peut chauffer, clilunt les passions doivent être heureuses ou malheureuses, qui sont l'àme de la tragédie. Sahine n'est introduite dans la pièce (|ue pour se plaindre. (V.)
' <^)uand Sahine vient proposer à son frère et à son mari de lui donner la mort, on sait trop ([u'ils ne le feront ni l'un ni l'.iulre. Ce n'est donc qu'une vaine déclamation : car Sahine ne doit pas plus le demander qu'ils ne doivenl le faire; c'est un remplissage amené par des sentiments peu naturels. (I.a H.)
' Ce peu el ce vioinx font un mauvais effet, et vous vous éliez moins esi prosaïque el familier. (V.)
^ Ces vers écJiappent riuelquefois au génie dans le feu de la composition. Ils nedisenl liiu, mais ils accompagnent dt'6 vers qui disent heaucoup (V.)
ir, SCÈi^E VIL 2G7
Satisfaire aux devoirs cl de sœur et de fentmo , Embrasser le vainqueur en pleiuant le vairunii' , i JNon , non , avant ce coup Sabine aura vécu : \ v, I\Ia inort le préviendra , de qui (pie je l'obtieni/e ; » Le relïïsWvos mains y condanuie la mienne. |
Sus donc, qui vous retient? Allez, cœurs inhumains,/ J'aurai trop de moyens pour y forcer vos mains ; 1 Vous ne les aurez point au combat occupées. Que ce corps au milieu n'arrête vos épées ; l'^t, malgré vos refus , il faudra que leurs coups Se fassent jour ici pour aller jusqu'à vous.
HORACE
O ma femme !
CURIACE
O ma sœur !
CAMILLE
Courage! ils s'amollissent.
SABINE
Vous poussez des soupirs; vos visages palissent : Quelle peur vous saisit? Sont-ce là ces grands conirs, Ces héros qu'Albe et Rome ont pris pour défenseurs ;'
HORACE
Que t'ai-je fait , Sabine ? et quelle est mon offense, Qui t'oblige à chercher une. telle vengeance ? Que t'a fait mon honneur ? et par quel droit viens-tu Avec toute ta force attaquer ma vertu ? \)\x moins contente-toi de l'avoir étonnée, Et me laisse achever cette grande journée. Tu me viens de réduire en m\ étrange point ' ; Aime assez ton mari pour n'en triompher [)oiiit . Va-t'en, et ne rends plus la victoire douteuse; La dispute déjà m'en est assez honteuse. Souffre qu'avec honneur je termine mes jours.
SARIINE.
Va , cesse de luc craindre; on vient à ton secours.