‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 496 sur 1093 · CAMILLE, SABINE, JULIE · texte numérisé non relu

CAMILLE, SABINE, JULIE

SABINE

Ma sœur, que je vous die une bonne nouvelle ^.

CAMILLE

Je pense la savoir, s'il faut la nommer telle;

On l'a dite à mon père, et j'étais avec lui :

Mais je n'en conçois rien qui flatte mon ennui :

Ce délai de nos maux rendra leurs coups plus rudes ;

Ce n'est qu'un plus long terme à nos inquiétudes ;

Et tout l'allégement qu'il en faut espérer,

C'est de pleurer plus tard ceux qu'il faudra pleurer.

SABINE

Les dieux n'ont pas en vain inspiré ce tumulte.

CAMILLE

Disons plutôt, ma sœur, qu'en vain on les consulte. Ces mêmes dieux à Tulle ont inspiré ce choix; El la voix du public n'est pas toujours leur voix ; Ils descendent bien moins dans de si bas étages ^ ,

' C'est une petite faute : le sens est , comme si toutes deux voyaient en lui leur roi. Connaître un homme pour roi ne si^nilie pas le reconnaître pour son souverain.' On peut connaître un homme pour roi d'un autre pays, connaître ne veut pas dire reconnaître. (V.)

^ Au lieu de die, on a imprimé dise dans les éditions suivantes. Die n'est plus qu'une licenee; on ne l'emploie qu(; pour la rime. Une bonne nouvelle est du style de la comédie : ce n'est là qu'une très-légère inattention. Il était très-aisé à Corneille de mettre : Ah! ma nœur, apprenez une heurcu.ie nouvelle, vl d'rxprimerc* petit détail autrement; mais alors ces expressions f.iMiilières étaient tolérées; elles ne sont devenues des fautes que quand la langue s'est perfectionnée; et c'est à Corneille même qu'elle doit en partie cette perfection. On lit bientôt une étude sérieuse d'une langue dans laquelle il avait écrit de si belles choses. ( V.)

^ lias étages est bien bas , et la pensée n'est que poétique. Cette contestation doSabineet de Camille parait froide dans un moment ou l'on est si impatient de savoir ce qui se passe. Ce disctiurs de Camille semble avoir un autre défaut : ce n'est point a. une amante à dire que les dieux inspirent toujours les rois, qa'ils sont des rayons de la divinité; c'est là de la déclamation d'un rhéteur dans un panégyrique. Ces contestalions de Camille et de Sabine sont , à la vérité, des Jeux d'esprit

Page 1