LE VIEIL HORACE, SABINE, CAMILLE
LE VIEIL HOBACE.
Je viens vous apporter de fâcheuses nouvelles '• , Mes filles ; mais en vain je voudrais vous celer
■ ... L'amant qui vous charme, et pour qui vous lirùli'z, Ne vous est, après tout, que ce que vous voulez; Une mauvaise humeur, un peu de jaIou.sie, Eli fait assez souvent passer la fantaisie ,
sont des vers comiques qui g;\teraient la plus belle tirade. (V.)
^ Ce point est de trop; il faut : Fons ne coinuiixscz ni /'nmour ni ses traits. (V.)
■* Ces maximes détachées, (jui sont un défaut (juandla passion doit parler, avaient alors le mérite de la nouveauté; on .s'éci:i.-iil : C'est connaître le cœnr humain ! Mais c'est le (uinnailre bini mieux que de fairedireensentimentce ((u'on n'exprimail giicie alors qu'en sentences, défaut éblouissant que les auteurs imitaient de Sénèque. (V.)
4 Ces deux peut, ces syllabes dures, ces monosyllaix-s vent et peut, et cette idée de vouloir ce que l'amour veul , comme s'il était (lueslion ici du dieu d'amour, tout cela consliluedcu'c des plus mauvais vers qu'on put faire ; et c'était de tels vers qu'd fallait corriger. (V.)
5 Toute cette scène est ce qu'on appelle du remplis.sage; défaut insupportable, mais devenu pre.squ(î nécessaire dans nos tragédies , ((ui sont toutes trop longues , à l'exception d'un trèspetit nombre. (V.)
fi Comme l'arrivée du vii'il Horace, rend la vie au Ihé.ilrequi languissait! (|uel moment et (juelle nobh; simplieilé! On pourrait objecter ((u'Horace ne devait pas venir avertir des femmea (pie leurs époux et leurs frères .sont aux mains, <pie c'est venir
jé^
horacp:, acte m, scè.ne vi.
Ce qu'on ne vous saurait lunglt inps dissimuler : Yosfrèressontauxmains,lesdieux ainsi Tordonnenl.
SABINE
Je veux bien l'avouer, ces nouvelles m'étonnent; Et je m'imaginais dans la divinité Beaucoup moins d'injustice , et bien plus de bonté. Ne nous consolez point : contre tant d'infortune ' La pitié parle en vain , la raison importune. Nous avons en nos mains la fin de nos douleurs , Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs. Nous pourrions aisément faire en votre présence De notre désespoir une fausse constance »; JMais quand on peut sans honte être sans fermeté, L'affecter au dehors , c'est une lâcheté ^ ; L'usage d'un tel art, nous le laissons aux hommes, Et ne voulons passer que pour ce que nous sommes.
Nous ne demandons point qu'un courage si fort S'abaisse à notre exemple à se plaindre du sort. Recevez sans frémir ces mortelles alarmes; Voyez couler nos pleurs sans y mêler vos larmes ; Eniin , pour toute grâce , en de tels déplaisirs , Gardez votre constance , et souffrez nos soupirs.
LE VIEIL HOBACE.
Ix)in de blâmer les pleurs que je vous vois répandre,
Je crois faire beaucoup de m'en pouvoir défendre.
Et céderais peut-être à de si rudes coups,
Si je prenais ici même intérêt que vous :
Non qu'Albe par son choix m'ait fait haïr vos frères,
Tous trois me sont encor des personnes bien chères ;
Mois enfin l'amitié n'est pas du même rang ,
Et n'a point les effets de l'amour ni du sang ;
Je ne sens point pour eux la douleur qui tourmente
Sabine comme sœur, Camille comme amante :
Je puis les regarder comme nos ennemis ,
Et donne sans regret mes souhaits à mes fils.
Ils sont , grâces aux dieux , dignes de leur patrie ;
los (It-sespérer inutilement et sans raison , qu'on les a même renfermées pour ne point entendre leurs cris; qu'il ne résulte rien de cette nouvelle ; mais il en résulte du plaisir pour le spectateur, qui , malf^ré cette critique, est très-aise de voir le vieil Horace. ( V. ) — Il faut bien qu'elles soient averties de ce qui se passe, qu'on les prépare aux malheurs ([u'clles ont à redouter. Loin de venir les désespérer inutilement, le vieil Horace, en leur avouant qu'il partage leurs douleurs, et qu'il a besoin de tout son courage pour ne pas s'attendrir comme elles, est en effet le seul qui puisse adoucir ce que leur situation a de terrjJjle. (P-)
• Trompé par un défaut de ponctuation , Voltaire, à qui le sens de ces vers parait avoir échappé, fait remarquer ici qu'on ne console point contre le malheur, mais du malheur; qu'on s'arme", qu'on se soudent contre le malheur.
> Faire iiiic fausse constance de son désespoir est du phébus, du galimatias : est-il possible que le mauvais se trouve ainsi presque toujours à coté du bon ! ( V. )
^ Ces sentences et ces raisonnements sont bien mal placés dans un moment si douloureux ; c'est là le poète qui parle et qui raisonne. (V.)
Aucun étonnemenl n'a leur gloire flétrie ;
Kl j'ai vu leur honneur croître de la moitié ,
Quand ils ont des deux camps refusé la pitié.
Si par quelque faiblesse ils l'avaient mendiée.
Si leur haute vertu ne l'eut répudiée.
Ma main bientôt sur eux ni'eiit vengé hautement «
De l'affront que m'eût fait ce mol consentement.
Mais lorsqu'en dépit d'eux on en a voulu d'autres ,
Je ne le cèle point , j'ai joint mes vœux aux vôtres.
Si le ciel pitoyable ei'it écouté ma voix,
Albe serait réduite à faire un autre choix ;
Nous pourrions voir tantôt triompher les lloraccs
Sans voir leurs bras souillés du sang des Curiaces ,
Et de l'événement d'un combat plus humain
Dépendrait maintenant l'honneur du nom romain :
La prudence des dieux autrement en dispose ;
Sur leur ordre éternel mon esprit se repose :
Il s'arme en ce besoin de générosité,
Et du bonheur public fait sa félicité.
Tâchez d'en faire autant pour soulager vos peines ,
Et songez toutes deux que vous êtes Romaines :
Vous,rêtes devenue, et vous, l'êtes encor;
Un si glorieux titre est un digne trésor *.
Un jour, un jour viendra que par toute la terre
Rome se fera craindre à l'égal du tonnerre ,
Et que , tout l'univers tremblant dessous ses lois ,
Ce grand nom deviendra l'ambition des rois :
I^es dieux à notre Mnée ont promis cette gloire.