‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 502 sur 1093 · HORACE, ACTE 111, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

HORACE, ACTE 111, SCÈNE VI

JULIE

niais plutôt du conihat les funestes effets.

Rome est sujette d'Albe , et vos fils sont défaits ; [ te.

Des trois les deuxsont morts, son époux seul vousres-

LE VIEIL HORACE

O d'un triste combat effet vraiment funeste!

Rome est sujette d'Albe, et pour l'en garantir

Il n'a pas employé jusqu'au dernier soupir!

Kon , non , cela n'est point , on vous trompe , Julie ;

Rome n'est point sujette , ou mon fils est sans vie :

Je connais mieux mon sang , il sait mieux son devoir.

JULIE

Mille, de nos remparts , comme nioi l'ont pu voir. 11 s'est fait admirer tant qu'ont duré ses frères ; IMais comme il s'est vu seul contre trois adversaires , Près d'être enfermé d'eux sa fuite l'a sauvé.

LE VIEIL HORACE

F.t nos soldats trahis ne l'ont point aclievé ! Dans leurs rangs à ce lâche ils ont donné retraite!

JULIE

Je n'ai rien voulu voir après cette défaite.

CAMILLE

O mes frères!

LE VIEIL HORACE

Tout beau , ne les pleurez pas tous ; Deux jouissent d'un sort dont leur père est jaloux. Que des plus nobles fleurs leur tombe soit couverte; La gloire de leur mort m'a payé de leur perte : Ce bonheur a suivi leur courage invaincu ' , Qu'ils ont vu Rome libre autant qu'ils ont vécu , Et ne l'auront point vue obéir qu'à son prince > , Ki d'un État voisin devenir la province. Pleurez l'autre , pleurez l'ii réparable affront Que sa fuite honteuse imprime à notre front; Pleurez le déshonneur de toute notre race , Et l'opprobre éternel qu'il laisse au nom d'IIoraoo.

JULIE

Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ?

enfants hautement, s'ils donnent un mnl consentement à un nouveau choix que le peuple est en droit de faire, quitte le champ ou ses trois fils combattent pour venir ap|)ren(lre à des femmes une nouvelle qu'on doit leur cacher ! Il ne prétexle pas même celte disparate sur l'horreur qu'il aurait de voir ses lils combattre contre son gendre ! Il ne vient que comme messager, tandis que Home entière est sur le champ de bataille ; il reste les bras croisés , tandis ([u'une soubrette a tout vu ! Ce défaut peutil se pardonner ? On peut répondre qu'il est resté pour empêcher ces femmes d'aller séparer les combattants ; conjme s'il n'y avait pas tantd'aulres moyens! (Y.)

' Ce mot invaincu n'a élé employé que par Corneille, et devrait l'être, je crois, par tous nos poètes. Une expression si bien mise à sa place d<ms le Cid et dans cette admirable scène ne doit jamais vieillir. ( V. )

' Ce point est ici un solécisme; il faut, et ne l'auront vue ohéir qu'à. ( V )

LE VIEIL HORACE

Qu'il niouriU ' , Ou (ju'im beau désespoir alors le secourilt. JN'eût-il que d'un moment reculé sa défaite , Rome eût été du moins un peu plus tard sujette ; Il eût avec honneur laissé mes cheveux gris, Et c'était de sa vie un assez digne prix. Il est de tout son sang comptable à sa patrie , Chaque goutte épargnée a sa gloire flétrie », Chaque instant de sa vie, après ce lâche tour^, ]\Iet d'autant plus ma honte avec la sienne au jour. J'en romprai bien le course , et ma juste colère. Contre un indigne fds usant des droits d'un père , Saura bien faire voir, dans sa punition , , L'éclatant désaveu d'une telle action.

Écoutez un peu moins ces ardeurs généreuses, Et ne nous rendez point tout à fait malheureuses.

' Voilà ce fameux qu'il mourût, ce trait du plus grand stir blinie,ce mot auquel il n'en est aucun de comparable dans toute l'antiquité. Tout l'auditoire fut si transporté, qu'on n'entendit jamais le vers faible ((ui suit, el le morceau , n'cùt-il que d'un nwment retardé sa défaite, étant plein de chaleur, augmente encore la force du qu'il mourût. Que de beautés! et d'où naissent-elles? d'une simple méprise très-naturelle, sans complication d'événements, sans aucune intrigue recherchée, sans aucun effort. Il y a d'autres beautés tragiques ; mais celle-ci est au premier rang.

11 est vrai que le vieil Horace, qui était présent quand les Horaces et les Curiaces ont refusé qu'on nommât d'autres champions , a du être présent à leur combat. Cela gâte jusqu'au qu'il mourût. (V.)

Non, le qu'il mourût n'est point gAté, et ne saurait l'être. Quoi qu'en dise Voltaire, il n'est point prouvé que le vieil Horace dut être présent au combat. Il est Romain, le qu'il mourût l'atleste assez, mais il est père, et lui-même a dit, dans l'autre scène, à Camille et à Sabine :

Loin de blâmer les pleurs que je vous vois répandre , Je CI ois faire beaucoup de m'en pouvoir défeudre.

Il ne pardonnerait pas h ses fils de s'être déshonorés par une lâcheté; mais il ne veut être le témoin ni de leur mort, ni de celle des Curiaces. Corneille nous parait avoir admirablement assorti toutes les parties de ce grand caractère. M. de la Harpe, dans son Cours de Litiérature, a développé longuement ce que nous ne pourrions (ju'effleurer dans cette note, et ce (jui n'a jamais été douteux pour les honmies qui savent juger. ( P. )

C'est Rome qui a prononcé gK'<7 mourût; c'vsl la nalurequi, ne renonçant jamais à l'espérance, a dit tout de suite :

Ou qu'un beau désespoir alors le secourût.

Je veux bien que Rome soit ici plus sublime (jne la natnje : cela doit être. Mais la nature n'est pas faible quand elle dit ce qu'elle doit dire. (La H.)

ï Chaque goutte parait être de trop. H ne faut pas tant retourner sa pensée.

A sa gloire flétrie : la sévérité de la grammaire ne permet point ce flétrie. Il faut, dans la rigueur, a flétri sa gloire: mais a sa gloire flétrie est plus beau, plus poéticiue, plus éloigné du langage ordinaire, sans causer d'ob.scurité. ( V. )

^ Après ce liirhe tour est une expression trop triviale. ( V. )

4 Ces derniers mots se rapportent naturellement à la honte, mais on ue rompt point le cours d'une houle : il faut donc i|u'ilsi

Page 1