‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 509 sur 1093 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CAMILLE

Oui , je lui ferai voir, par d'infaillibles marques , Qu'un véritable amour brave la main des£ai'ques ^ , Et ne prend point de lois de ces cruels tyrans Qu'un astre injurieux nous donne pour parents, 'lu blâmes ma douleur, tu l'oses nommer lâche ; Je l'aime d'autant plus que plus elle te fâche. Impitoyable père, et par un juste effort

étrange ne pouvait pas même s'offrir à .sa pensée : ce qui nous surprend , c'est qu'elle ait pu s'offrir à Voltaire. ( P.)

' L'auteur répète tropsouvent celle idée , el ce n'est pas là le temps de parler de mariage à Camille. (V.)

^ Lui donneront des pleitrs justes n^ei.t pas français. C'est Sabine qui donnera des pleurs; ce ne sont jias ses frères morts qui lui en donneront. Un accident fait couler des pleurs, el ne les donne pas. (V.)

3 Faites-vous voir... et qu'en... est un solécisme, parce que faites-vous voir signifie tnonlrez-vons , soyez sa smur; montrez-vous, soyez , paraissez, ne peut régir un que.

Ajoutez (ju'après lui avoir dit faites-vous voir sa seeirr, il est très-superflu de dire qu'elle est sortie du même flanc. (V.)

4 Voici Camille qui , après un long silence , dont on ne s'est pas seulement aperçu, parce que l'àme était toute remplie du destin des Horaces et des Curiaces , et de celui de Ron»; ; \ oiei Camille, dis-je, qui .s'échauffe tout d'un coupel comme de propos délibéré; elle débute par une sentence poétique, Qu'un véritable amour brave la main des Parques. InfailliUiS marques n'est là que pour la rime; grand défaut de noire poésie.

Ce monologue même n'est qu'une vaine déclamation. La vraie douleur ne raisonne point fani , ne récapitule point ; elle ne dji point qu'on bâtit en Vair sur le malheur d'autrui , et que son père triomphe , comme son frère, de ce malheur; elle nes'excile point ù braver la colère, à essayer de déplaire. Tous ces vains efforts sont froids ; et pourquoi '? c'est qu'au fond le sujet manque à l'auteur. Dès qu'il n'y a plus de combats dans le ctcur, il n'y a plus rien à dire. ( V.)

HORACE, ACTE iV, SCEiNÏ! V.

le la veux rendre égale aux rigueurs de mon sort ' . En vit-on jamais un dont les rudes içaveises Prissent en moins de rien tant de faces diverses? Qui fût doux tant de fois , et tant de fois cruel , Kt portât tant de coups avant le coup mortel ? Vit-on jamais une Ame en un jour plus attente De joie et de douleur, d'espérance et de crainte, Asservie en esclave à plus d'événements , Et le piteux jouet de plus de changements ? Un oracle m'assure , un songe me travaille ' ; La paix calme l'effroi que me fait la bataille ; Mon hymen se prépare , et presque en un moment Pour combattre mon frère on choisit mon amant ^ ; Ce choix me désespère, et tous le désavouent, La partie est rompue , et les dieux la reîTôuent ; Rome semble vaincue , et seul des trois Albains , Curiace en mon sang n'a point trempé ses n)ains. O dieux! sentais-je alors des douleurs trop légères Pour le malheur de Rome et la mort de deux frères ? Et me flatlais-je trop quand je croyais pouvoir L'aimer encor sans crime et nourrir quelque espoir ? Sa mort m'en punit bien , et la façon cruelle Dont mon âme éperdue en reçoit la nouvelle ; Son rival me l'apprend , et , faisant à mes yeux D'un si triste succès le récit odieux, Il porte sur le front une allégresse ouverte , Que le bonheur public fait bien moins que ma perte, Et bâtissant en l'air sur le malheur d'autrui , Aussi bien que mon frère il triomphe de lui. Mais ce n'est rien encore au prix de ce qui reste : On demande ma joie en un jour si funeste ; Il me faut applaudir aux exploits du vainqueur. Et baiser une main qui me perce le cœur. En un sujet de pleurs si grand , si légitime , Se plaindre est une honte , et soupirer un crime ; Leur brutale vertu veut qu'on s'estime heureux ,

' Kilo (lit l(;i qu'elle veut rendre sa douleur cf/uff , pur un juili effort , mix rigueurs de son sort. Quand du fait ainsi (les efforts pour proportionner sa douleur à son étal , on n'est pas même poétiiiucment affligé. (V.)

' M'axsurc ne signifie pas me russinc : et c'esl me raxsure i|ue l'auteur entend. Je suis effrayé, on me rassure. Je doute «l'une chose , on m'assure (|u'elle est ainsi.... Assurer avec l'accusatif ne s'emploie que pour rerlifier : J'assure ce fait; et, rn termes d'art, il signilie affermir : Assurez cette solive, le chevron. ( V.)

Assurer a été employé souvent au lieu de rassurer par des poètes postérieurs à Corneille, et (|ui savaient écrire purement. Aitner, dans Alhalie, dit à Josabeth :

rriiiceaae , aasurei-vous ; je les prends sous ma KArdc

Voltaire se plaint souvent du peu de liberté qu'on accorde à la poésie, et, par ses exclusions, on croirait qu'il ne clierclie qu'à en augmenter la f^éne. (IV)

^ Cette récapitulation de la pièce précédente n'esl-clle point encore l'opposé d'une affliclion véritable? Cura: lèves loquun fur. (V. )

Et si l'on n'est barbare on n'est point généreux.

Dégénérons , mon cœur, d'un si vertueux père ' ;

Soyons indigne sœur d'un si généreux frère :

C'est gloire de passer pour un cœur abattu ,

Quand la brutalité fait la haute vertu.

Éclatez, ines douleurs; àquoi bon vous contraindre?

Quand on a tout perdu, que saurait-on pluscraindre?

Pour ce cruel vainqueur n'ayez point de respect ;

Loin d'éviter ses yeux , croissez à son aspect ;

Offensez sa victoire, irritez sa colère,

Et prenez, s'il se peut, plaisir à lui déplaire.

Il vient; préparons-nous à montrer constammont

Ce que doit une amante à la mort d'un amant '.

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