SAHI^E
A quoi s'arrête ici ton illustre colère ■ ? Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père, Viens repaître tes yeux d'un spectacle si doux : Ou, si tu n'es point las de ces généreux coups , Immole au cher pays des vertueux Iloraces Ce reste malheureux du sang des Curiaces. Si prodigue du tien, n'épargne pas le leur; Joins Sabine à Camille, et ta femme à ta sœur; Nos crimes sont pareils , ainsi que nos misères ; Je soupire comme elle, et déplore mes frères : Plus coupable en ce point contre tes dures lois , Qu'elle n'en pleurait qu'un , et que j'en pleure trois , Qu'après son châtiment ma faute continue.
HORACE
Sèche tes pleurs , Sabine , ou les cache à ma vue. Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié, Et ne m'accable point d'une indigne pitié. Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme Ne nous laisseàtousdeuxqu'un penser etqu'une âme, C'est à toi d'élever tes sentiments aux miens , Non à moi de descendre à la honte des tiens. Je t'aime , et je connais la douleur qui te presse; Embrasse ma vertu pour vaincre ta faiblesse % Participe à ma gloire au lieu de la souiller. Tâche à t'en revêtir, non à m'en dépouiller ^. Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie , Que je te plaise mieux couvert d'une infamie ? Sois plus femme que sœur, et te réglant sur moi , Fais-toi de mon exemple une immuable loi.
voulu commettre. Addison, dans son Spectateur, dit que ce meurtre de Camill(> est d'autant i)lus révoltant, qu'il sciidilo commis de sang-froid, et (|u'Horace traversant tout le théàlrn pour aller poignarder sa steur, avait tout le lemps de la réflexion. Le public éclairé ne peut jamais souffrir un nieurlre sur le llié.ilre, k moins (|u'il ne soit absolument nécessaire, ou (|Uo le meurtrier n'ait les plus violents remords. ( V. )
' .Sabine, arrivant après le meurtre de (^amilli;, seuU'mcul pour reprocher cette mort à son mari , achève de jeter de la froideur sur un événement qui , autrement préparé , devail être terrible.
Villuslrc colère et les généreux coups sont une déclamation ironi<(ue. Racine a pourtant imité ce vers dans .indromaque :
Que peut-on refuser 4 ces généreux coups?
Cette conversation de Sabine el d'Horace, après le meurtn- d» Camille , est aussi inutile (jue la scène de Proculus; elle ne jiroduit aucun chanKement. (V.)
' Kbt-ce là le langage (ju'il doit tenir ;'» sa femme, quand il vient d'assassiner sa sieur dans un momeitl de colère? (V.)
^ Sans parler des fatdes de langage , tous ces con.seils ne p<'Uvent faire aucun Ixtn elkl , parte (|uc la douleur de Sabine o'eii !/Lul faire aucun. (V )