‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 526 sur 1093 · EMILIE, FULVIE · texte numérisé non relu

EMILIE, FULVIE

jEMILIE.

Je l'ai juré , Fulvie , et je le jure encore , Quoique j'aime Cinna, quoique mon cœur l'adore ' , S'il me veut posséder, Auguste doit périr; Sa tête est le seul prix dont il peut m'acquérir. Je lui prescris la loi que mon devoir m'impose.

FUL^TE. -

Elle a pour la blâmer une trop juste cause; Par un si grand dessein vous vous faites juger ^ Digne sang de celui que vous voulez venger ^ : Mais encore une fois souffrez que je vous die Qu'une si juste ardeur devrait être attiédie. Auguste chaque jour, à force de bienfaits , Semble assez réparer les maux qu'il vous a faits : Sa faveur envers vous paraît si déclarée, Que vous êtes chez lui la plus considérée ; Et de ses courtisans souvent les plus heureux Vous pressent à genoux de lui parler pour eux.

EMILIE

Toute cette faveur ne me rend pas mon père ; Et de quelque façon que l'on me considère , Abondante en richesse, ou puissante en crédit, Je demeure toujours la fille d'un proscrit. I-es bienfaits ne font pas toujours ce que tu penses; D'une main odieuse ils tiennent lieu d'offenses : Plus nous en prodiguons à qui nous peut haïr. Plus d'armes nous donnons à qui nous veut trahir.

' Il semble que le monologue devrait linir là. Les quatre derniers vers ne sont-ils pas surabondants? les pensées n'en sontelles pas rechercbées, et hors de la nature? Qu'importe de la gloire ou de la honte de l'amour? Qu'est-ce que ce devoir qui ne triomphera que pour couronner l'amour? D'ailleurs, dans le dernier de ces vers, au lieu de

Et ne triomphera que pour te courronner, il faudrait , il ne triomphera ; mais les vers précédents parais- .Kcnt dignes de Corneille : et j'ose croire qu'au théâtre il faudrait rfciter ce monologue , en retranchant seulement ces quatre derniers vers, qui ne sont pas dignes du reste. (V.)

* Des critiques trouvent ce vers languissant , par le soin même que prend l'auteur de lui donner de la force; ils disent qu'ac/ore n'est que la répétition de j'o/wf. (V.)

3 Fous vous faites juf/er est plus languissant; d'ailleurs, c'est un grand secret, on ne peut encore le juger. ( V.)

4 Toranius était un plébéien inconnu , qui n'avait joué aucun rôle, et qu'Octave sacrifia lans les proscriptions, parce qu'il blM riche. (V.)

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