SCÈNE V
yliMILIE, FULVIE.
FULVIE
Vous avez mis son âme au desespoir.
/EMILIE
Qu'il cesse de m'aimer, ou suive son devoir.
FULVIE
Il va vous obéir aux dépens de sa vie : Vous en pleurez !
4-: MI LIE -
Hélas! cours après lui , Fulvie, I'"t si ton amitié daigne me secourir, Arrache-lui du cœur ce dessein de mourir ; Dis-lui...
FULVIE
Qu'en sa faveur vous laissez vivre Auguste?
4-: MI LIE
Ah! c'est faire à ma haine une loi trop injuste.
FULVIE
Et quoi donc'
/EMILIE
Qu'il achève, et dégage sa foi , Et qu'il choisisse après de la mort , ou de moi • .
' Ce sont là de ces traits qui portaient le docteur cité pa<r Balzac à nommer F.milie adorable furie. On ne peut guère Unir un acte d'une manière plus grande ou plus tragique; el si Emilie avait une raison plus pressante de vouloir faire périr Auguste, si elle n'avait appris que depuis peu qu'Augu.ste a fait mourir son père, si elle avait connu ce père, si ce père même avait pu lui demander vengeance, ce rôle serait du plus grand intérêt. Mais ce qui peut détruire tout Pintérét qu'on prendrait à Emilie , c'est la supposition de l'auteur qu'elle est adoptée par Auguste. On devait chez les Romains autant et plus d'amour filial à un père d'adoption qu'à un père qui ne l'était cpie jiar le sang. Emilie conspire contre Auguste, son père el son bit nfaiteur, au bout de trente ans , pour venger Torauius qu'elle n'a jamais vu. Alors cette furio n'est point du tout adorable; elle est réellement parricide. Cependant gardons -nous bim de croire qu'Emilie, malgré son ingratitude, et Cinna, malgré .'•a perfidie, ne soient pas deux très-beaux rôles; tous deux étincellent de traits admirables. (V.) — C'est une affectaUon maligne de la part de Voltaire que de donner trente ans à Emilie : rien n'exige dans la pièce qu'on lui en suppose plus de vingt. Si, des proscriptions d'Auguste à la conjuration de Cinna, il s'est passé en effet trente ans , comme Voltaire en parait pc rsuadé, Corneille, qui n'était pas assujetti à l'ordre des temps comme un historien, était bien le maître de raccourcir cet intervalle. On est fâché qu'avec tant de raison , de finesse el de goût. Voltaire se permette quelquefois non-seulement des critiques eXfigérées, mais de petits artifices qui pourraient le faire soupçonner d'avoir voulu en effet rabaisser Corneille. Juscju'à présent cette injustice ne s'est pas encore trop manifestée; ou entrevoit cependant qu'il se passionne pour son sentiment, de
CINN.\, ACTE