‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 539 sur 1093 · GARDES · texte numérisé non relu

GARDES

AUGUSTE

Tout ce que tu me dis , Euphorbe , est incroyable '.

EUPHORBE

Se igiieur , le récit même en paraît effroyable : On ne conçoit qu'à peine une telle fureur , Et la seule pensée en fait frémir d'horreur.

AUGUSTE

Quoi ! mes plus chers amis ! quoi ! Cinna ! quoi ! IMaxi- Les deux que j'honorais d'une si haute estime, [me ! A qui j'ouvrais mon cœur , et dont j'avais fait choix Pour les plus importants et plus nobles emplois ! Après qu'entre leurs mains j'ai remis mon empire , Pour m'arracher le jour l'un et l'autre conspire ! Maxime a vu sa faute , il m'en fait avertir, Et montre un cœur touché d'un juste repentir ; ISlais Cinna!

EUPHORBE

Cinna seul dans sa rage s'obstine , VA contre vos bontés d'autant plus se mutine ' ; Lui seul combat encor les vertueux efforts Que sur les conjurés fait ce juste remords, Et , malgré les frayeurs à leurs regrets mêlées ,

manière à n'être pas toujours très-délicat sur Iv clioix de ses moyens. Il prétend , par exemple , que chez les Romains on devait autant et plus d'amour lilial au père d'adoption qu'à un pcre qui ne l'était que par le sang. Oui, pourvu toutefois que le père d'adoption n'eût pas fait assassiner le véritable père. ( P.) ' Il est triste qu'un si bas et lâche subalterne , un esclave af- 1 1 nnchi , paraisse avec Auguste , et que l'auteur n'ait pas trouvé dans la jalousie de Maxime, dans les emportements que sa passion eut dii lui inspirer, ou dans quelque autre invention tragi- ((ue, de quoi fournir des soupçons à Auguste. Si le trouble de Cinna, celui de Maxime, celui d'Emilie, ouvraient les yeux de l'empereur, cela serait beaucoup plus noble et plus théâtral que la dénonciation d'un esclave, qui est un ressort trop mince et trop trivial. (V.)

^ Le second vers est faible après l'expression il s'obstine dans sa. raye ; l'idée la plus forte doit toujours être la dernière : de plus, se mutiner contre des bontés est une expression bourgeoise : on ne l'emploie qu'en parlant des enfants. Ce n'est pas que ce mot mutiné, employé avec art, ne puisse faire un Uès-bel effet. Racine a dit :

Enchaîoer un captif de ses fers étonné, Contre un juug qui lui plaît vainement mutiné.

D'autant plus exige un que , c'est une phrase qui n'est pas achevée. (V)

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