SCÈNE II
AUGUSTE
Ciel , à qui voulez-vous désormais <(ue je fie ^ Les secrets de mon âme et le soin de ma vie.^ Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis , Si donnant des sujets il ôtc les amis , Si tel est le destin des grandeurs souveraines
' On ne peut nier que ce hiclie et inutile mensonge d'Euphorbe ne soil indigne de la tragédie. Mais, dira-ton, on a le même reproche à faire à OEnone dans l'Iièdrc. Point du tout; elle est criminelle, elle calomnie Hippolyle, mais elle ne dit pas une fausst! nouvelle : c'est cela (|ni est petit et bas. ( V.)
' Vollii eiirore une ocea-sionoii un monologue est bien place; la silualIdnd'Au^iii.sIc est iiiiiMACUse légiliine : d'ailleurs il est bienécril , les veis en .smd beaux , les léllexions soiil juile* , intéressantes; ce morceau esl digne du grand Corneille ( V.)
Oue leurs plus grands bienfaits n'attirent que des hai- Kt si votre rigueur les condamne à chérir [ nés ,
Ceux que vous animez à les faire périr. [dre.
Pour elles rien n'est sûr ; qui peut tout doit tout crain-
Rentre en toi-même , Octave , et cesse de te plaindre. Quoi ! tu veux qu'on t'épargne , et n'as rien épargné ! Songe aux fleuves de sang où ton bras s'est l)aigné , De combien ont rougi les champs de i\Iacédoine ' , Combien en a versé la défaite d'Antoine, Combien celle de Sexte , et revois tout d'un temps Pérouse au sien noyée , et tous ses habitants ; llemets dans ton esprit , après tant de carnages , De tes proscriptions les sanglantes images, Où toi-même, des tiens devenu le bourreau , Au sein de ton tuteur enfonças le couteau , Et puis ose accuser le destin d'injustice Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton supplice ! Et que, par ton exemple à ta perte guidés, lis violent des droits que tu n'as pas gardés ! Leur trahison est juste, et le ciel l'autorise : Quitte ta dignité comme tu l'as acquise; llends un sang inlidèle à l'infidélité » , Et souffre des ingrats après l'avoir été.
Mais que mon jugement au besoin m'abandonne! Quelle fureur , Cinna , m'accuse et te pardonne? Toi , dont la trahison me force à retenir Ce pouvoir souverain dont tu me veux punir , i\Ie traite en criminel , et fait seule mon crime . Relève pour l'abattre un trône illégitime, Et, d'un zèle effronté couvrant son attentat , S'oppose, pour nie perdre , au bonheur de l'Etat.' Donc jusqu'à l'oublier je pourrais me contraindre! ïu vivrais en repos après m'avoir fait craindre! Non , non , je me trahis moi-même d'y penser : Qui pardonne aisément invite à l'offenser ; Punissons l'assassin, proscrivons les complices.
■ Cela n'est pas français. 11 fallait, quels flots j'en ai versés aux champs de Macédoine, ou quelque chose de semblable. (V.)
2 Ce vers est imité de Malherbe :
Fais de tous les assauts que la rage peut faire Une fidèle preuve à l'infidélité
Un tel abus de mois et quelques longueurs, quelques répL'Iitions empêchent ce beau monologue de faire tout son effet. A mesure que le public s'est plus éclairé, il s'est un peu dégoûté des longs monologues ; on s'est lassé de voir des empereurs qui parlaient si longtemps tout seuls. Mais ne devrail-on pas se prêter à l'illusion du Uiéàtre? Auguste ne pouvait-il pas être supposé au milieu de sa cour, et s'abandonner à ses réflexions devant ses conlidents*, qui tiendraient lieu du chœur des anciens?
Il faut avouer que le monologue est un peu long. Les étrangers ne peuvent souffrir ces scènes sans action , et il n'y a peutêtre pas a.ssez d'action dans Cinna. (V.)
* II n'est aucun de ses confidents les plus intimes à qui Auguste osût ïsiie les aTcui qu'il c^t censé se faire à lui même dans ce mnnulogue (P.)
CINNA, ACTE IV, SCÈNE Ilî.
Mais quoi ! toujours du sang, et toujours des suppli-
Ma cruauté se lasse, et ne peut s'arrêter ; [ces !
.Te veux me faire craindre , et ne fais qu'irriter. Rome a pour ma ruine une hydre trop fertile; Une tête coupée en fait renaître mille , Et le sang répandu de mille conjurés R.end mes jours plus maudits , et non plus assurés. Octave, n'attends plus le coup d'un nouveau Hrute; Meurs, et dérobe-lui la gloire de ta chute; Meurs; tu ferais pour vivre un lâche et vain effort , Si tant de gens de cœur font des vœux pour t;i mort , Et si tout ce que Rome a d'illustre jeunesse Pour te faire périr tour à tour s'intéresse; Meurs , puisque c'est un mal que tu ne peux guérir ; Meurs enfin, puisqu'il faut ou tout perdre, ou mourir. La vie est peu de chose , et le peu qui t'en reste Ise vaut pas l'acheter par un prix si funeste • ; Meurs , mais quitte du moins la vie avec éclat , {■^teins-en le flambeau dans le sang de l'ingrat, A toi-même en mourant immole ce perfide; Contentant ses désirs , punis son parricide; Fais un tourment pour lui de ton propre trépas, En faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas : Mais jouissons plutôt nous-même de sa peine"; Et si Rome nous hait, triomphons de sa haine. 0 Romains! ô vengeance! ô pouvoir absolu ! O rigoureux combat d'un cœur irrésolu Qui fuit en même temps tout ce (ju'il se propose ! D'un prince malheureux ordonnez quelque chose. Qui des deux dois-je suivre, et duquel m'éloigner ^ .!* Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régner.