EMILIE, FULVIE
.KMILIE.
i» OU me \ient celte joie, et que mal ii [frojto.s l\Ion esprit malgré moi goûte un entier repos ' ! César mande Cinna sans me donner d'alarmes ! ]Moncœurestsanssoupirs, mes yeuxiront point de lar- Comme si j'apprenais d'un secret mouvement [mes : Que tout doit succéder à mon contentement ! Ai-je bien entendu? me l'as-tu dit, Fulvie?
FULVIE
J'avais gagné sur lui qu'il aimerait la vie ,
Et je vous l'amenais, plus traitable et plus doux ,
' Ce mot point est trivial et didiicli(|uc. Pieinioi jiontl , se coaA point, point principul. (V.)
* C'est l'amour des grandeurs qui vous rend imijurtuim ,
augmente encore la faute qui consiste à faire rejeter pai Au;4u.>lc un très-bon conseil, qu'en effet il accepte. (V. )
^ La scène reste vide; c'est un grand défaut aiiJDurd'Iiui , et dans lequel même les plus médiocres auteur» ne tonil)en( pas. Mais Corneille est le premier qui ait pratiqué celle règle si hi-IJe ei si nécessaire de lier les scènes, cl de ne faire paraître sur le théâtre aucun personnage sans une raison évidente. Si le législateur manque ici à la loi qu'il a intnidiiile, il est assurément bien excusable. Il n'est pas vraLsemlilable (ju'lMnilie arrive avec -sa conlidente pour parler de la conspiration dans la même chambre dont Auguste sort ; ainsi elle est supposée parler dans un autre appartement. (V. )
4 On ne voit pas trop en effet d'où lui vient cette prétendue joie; c'était au contraire le moment des plus terribles inquiétudes. On peut être alors altéré, immobile, égaré, accablé, insebsible, à force d'éprouver des sentiments trop profonds ; mais de la joie ! cela n'est pas dans lu nature. ( V. )
Faire nn second effort contre votre courroux ' : .le m'en applaudissais, quand soudain Polyclète, Des volontés d'Auguste ordinaire interprète, Est venu l'aborder et sans suite et sans bruit. Et de sa part sur l'heure au palais l'a conduit. Auguste est fort troublé , l'on ignore la cause ; Chacun diversement soupçonne quelque chose' ; Tous présument qu'il aye un grand sujet d'ennui , Et qu'il mande Cinna pour prendre avis de lui. Mais cequi m'embarrasse, et quejeviensd'apprendre, C'est que deux inconnus se sont saisis d'Évandre, Qu'Euphorbe est arrêté sans qu'on sache pourquoi , Que même de son maître on dit je ne sais quoi •* : On lui veut imputer un désespoir funeste 4 ; On parle d'eaux , de Tibre, et l'on se tait du reste*.
Que de sujets de craindre et de désespérer, Sans que mon triste cœur en daigne murmurer^! A chaque occasion le ciel y fait descendre
' Je vous l'amenais... faire un second effort conlre un courroux n'est ni français, ni intelligible; de plus, comment celle I''ul\ ie n'esl-elle pas effrayée d'avoir vu Cinna conduit (^îie/, Auguste, eldesconiplici's arrètés?C()nim.'nl n'en parle-l-elle pas d'à bord? comment n'inspire-l-elle pas le |)lus;;rand effroi à lïmilie? Il semble qu'elle dise par occasion de» nouvelli's indifférentes. (V.)
' Ces termes lâches et sans idée , ces familiarités de la conversation doivent être soigneusement évités. ( V. )
3 Je ne sais quoi est du style de la comédie; el ce n'est pas assurément un^'c ne sais quoi que la morl de Maxime , princij)al conjuré. (V.)
4 On lui veut imputer est de la gazelle suisse; on l'ent dire qu'il s'est donné une bataille. ( V. ) — Le vers sans doute est mauvais; mais Voltaire n'eùt-il pas condamné dans un autre la comparaison injurieuse qu'il fait d'un vei-s de Corneille au style de la gazette suisse? ( P. )
'•> Il est bien singulier qu'elle dise que Maxime s'est nOyé , cl qu'on se tail du reste. Qu'est-ce que le reste? el comment Ci.rncillc, qui corrigea quelques vers dans cetti! pièce, ne reforma-t-il pas ceux-ci? n'avait-il pas un ami ? ( V. ) — I-'ul vie, cotnii)e le suppose Voltaire, ne dit pas que Maxime se soit noyé, et qu'oui se tait du reste; ce qui serait insoutenable. Par le désordre d(! ses paroles, Corneille a cru donner une idée des bruits eoiilus qu'elle a entendus ; mais elle n'aflirme rien ; elle ne parait même ajouter aucune foi à ces bruits sans liaison el sans suite, sur lesquels chacun raisonne diversement, sans se fixer à rien d« posiliL II est bien vrai, comme le dit Voltaire, que Corneille aurait ilû corriger tous ces vers beaucoup lro|» négligés; mais si Fulvie ne s'exprime pas heureusement, 0)rneille ne lui fait rien dire d'absurde. (P. ) — Nous n'avons reconnu dans ce vers ni la singularité qu'y a trouvé Voltaire, ni l'incorrection (ju'y a vue Palissol. Il nous semble au contraire que Corneilh; a rendu aussi correctement el aussi clairement qu'il l'a voulu sa pensée, qui d'ailleurs ne peul échapper à personne : ce reste , c'est la cause du désespoir de Maxime.
•' Cela n'est pas naturel. Emilie doit être au désespoir d'avoii conduit son amant au supplice. Le reste u'esl-il pas un peu dv déclamation? On entend toujours ces vers d'l\milie sans emo lion : d'où vient celle indifférence? c'est qu'elle ne dit pas eo que toute autre dirait à sa place : elle a forcé son amant à cous pirer, à courir au supplice , et elle parle de sa gloire ! el elle est fumante d'un co«);oi<ar généreux! elle devrait éUe désespê-
CINNA, ACTE
tin sciilinient contraiit' à relui qu'il doit prendre : Une vaine frayeur tantôt m'a pu troubler; El je suis insensible alors qu'il faut trembler.
Je vous entends, grands dieux! vos bontés que j'a- Ne peuvent consentir que je me déshonore ; [ dore lit ne nie permettant soupirs, sanglots, ni pleurs, Soutiennent ma vertu contre de tels malheurs. Vous voulez que je meure avec ce grand courage Qui m'a fait entreprendre un Si fameux ouvrage ; liit je veux bien périr comme vous l'ordonnez , Et dans (a même assiette où vous me retenez ' .
O liberté de Rome! à mânes de mon père ! J'ai fait de mon coté tout ce que j'ai pu faire : Contre votre tyran j'ai ligué ses amis , Et plus osé pour vous qu'il ne m'était permis. Si l'effet a manqué , ma gloire n'est pas moindre ; N'ayant pu vous venger, je vous irai rejoindre , Mais si fumante encor d'un généreux courroux , Par un trépas si noble et si digne de vous , Qu'il vous fera sur l'heure aisément reconnaître Le sang des grands héros dont vous m'avez fait naître.