‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 544 sur 1093 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MAXIME, .OIILIE, FULVIE.

..lais je vous vois, Maxime, et l'on vous faisa it mort * '

MAXIME

Euphorbe tron>pe Auguste avec ce faux rapport ; Se voyant arrêté, la trame découverte , Il a feint ce trépas pour empêcher ma perle.

i^MlLlE.

Que dit-on de Cinna?

MAXIME

Que son |)lus grand regret C'est de voir que César sait tout votre secret ; En vain il le dénie et le veut méconnaître , Evandre a tout <tonté pour excuser son maître , Et par l'ordre d'Auguste on vient vous arrêter.

it'c , cl non pas fumante. (V.) — Et non pinfnmaiili- est une |)liii ïaiilfi'ie i)cu digne ili; Voltaire juj^omit (Corneille. ( P.)

' Pour(|iioi les dieux voudraienl-ils(iii'elie mouriildans (•(•(((; assirtle? (iiTiuiporte qu'elle meure d.iri.s ('elte i/ssiellc ou dans uueaulre?ce (|ui importe , c'est (|u'clle a ('on<luil son amant et ses amis à la mort. (V.) — L'espèce di^jeu demots sur Vassit'llc n'est pas plus digne de Voltaire ; c'est parodier plutôt que critiquer. (P.)

' ISedissimiilons rien , celte résurrectiondeMaxime n'est pas Une invention heureuse. Qu'un héros qu'on croyait mort dans un comhal reparais.se , c'est un moment intéressant ; mais le public ne peut souffrir un làehe i\\w. son valet avait supposé 8'étre jelé dans la rivière. Coriiiilli' n'a pas prétendu faire un coup de théâtre, mais il pouvait ('viler celle apparilion inattendue d'un homme (|u'on croit mort , et dont on ne désire point du tout la vie ; il était fort inutile à la pièce que son esekn e l'.upliort^e eut feint que son maitre s'était noyé (V.)

IV, SCÈ^^E V.

a:milie.

('elui qui l'a reçu tarde à l'exécuter;

Je suis prête à le suivre et lasse de rattendre.

M. 1X1 me.

Il vous attend chez moi.

yEMILlE.

Chez vous!

MAXIME

C'est vous surprendre :

Mais apprenez le soin que le ciel a de vous ; C'est un des conjurés qui va fuir avec nous. Prenons notre avantage avant qu'on nous poursuive ; Nous avons pour partir un vaisseau sur la rive.

yEMILlE.

Me connais-tu , Maxime , et sais-tu qui je suis.?

MAXIME

En faveur de Cinna je fais ce que je puis ' , Et tâche à garantir de ce mailieur extrême La plus belle moitié qui reste de lui-même.

Sauvons-nous, /Emilie, et conservons le jour, Afin de le venger par un heureux retour.

yEWIlJE.

Cinna dans son malheur est de ceux qu'il faut suivre , Qu'il ne faut pas venger, de peur de leur survivre ' ; Qiiieonque après sa perte aspire à se sauver Est indigne du jour qu'il tache à conserver.

MAXIME

Quel désespoir aveugle à ces fureurs vous porte ? O dieux ! que de faiblesse en une âme si forte ! Ce cœur si généreux rend si peu de eondjat , Et du premier revers la fortune l'abat ! Rappelez, rappelez cette vertu sublime , Ouvrez enihi les yeux , et connaissez Maxime : C'est un autre Cinna qu'en lui vous regardez ^ ; Le ciel vous rend en lui l'amant que vous perdez; Et puisque l'amitié n'en faisait [)lus qu'une âme ^ , Aimez en cet ami l'objet de votre llannne; Avec la même ardeur il saura vous chérir, Que..

■ Maxime joue le rôle d'un miséral)le; p()ur(|Uoi l'auteur, pouvaid reiuiol)lir, l'a-t-il rendu si l)as? apparemment il cherchait un contrast<'; mais de tels contrastes ne peuvent Kuèri; réussir (|U(^ dans la comédie. (V.)

■* Que veut dire de peur df leur survivre? I,c sens nalurcl est ({u'ilnefaul pas vengeur Cinna, parce que, si on le venseall. , on ne mourrait pas avec lui, mais en voulant le venger, on poinrait aller au supplice^ puis(|ue Auguste esl maitre, el(|ue tout est découvert. Je crois ijue Corneille veiil dire : '/'// feins de le vent/cr, et lu veux lui survivre. (V.) — De peur (/. leursurvivrc veut tlire, parce qu'il serait honteux de leur sur vivre. C'est un sens si naturel , qu'il est surpniianl <|ue Vol taire se donne la peini; d'en chercher ini autre. (P.)

S (^(tla est comique, cl achève de rendre le rôle de Maxinii° insupporlahle. (V.)

4 1,'auteur veut dire : Ciuiia cl fltuximc n'avuinnl qu'um âme, mais il ue le dit pas.

CINNA, ACTE IV, SCKlNE VI,

EMILIE

Tu m'oses aimer, et tu n'oses mourir ' ! Tu prétends un peu trop ; mais quoi que tu prétendes , Rends-toi digne du moins de ce que tu demandes ; Cesse de fuir en lâche un glorieux trépas, Ou de m'offrir un cœur que tu fais voir si bas ; Fais que je porte envie à ta vertu parfaite ; JNe te pouvant aimer, fais que je te regrette; Montre d'un vrai Romain la dernière vigueur, Kt mérite mes pleurs au défaut de mon cœur. Quoi ! si ton amitié pour Cinna s'intéresse , Crois-tu qu'elle consiste a flatter sa maîtresse! Apprends, apprends de moi quel en est le devoir, Kl donne-m'en l'exemple, ou viens le recevoir.

MAXIME

Votre juste douleur est trop impétueuse.

iEMILIE.

I.a tienne en ta faveur est trop ingénieuse. Tu me parles déjà d'un bienheureux retour, l'^t dans tes déplaisirs tu conçois de l'amour!

Cet amour en naissant est toutefois extrême ;

C'est votre amant en vous , c'est mon ami que j'aime ;

Et des mêmes ardeurs dont il fut embrasé....

EMILIE

Maxime, en voilà trop pour un homme avisé ^ Ma perte m'a surprise , et ne m'a point troublée ; iMon noble désespoir ne m'a point aveuglée. Ma vertu tout entière agit sans s'émouvoir, Et je vois malgré moi plus que je ne veux voir.

MAXIME

Quoi ! vous suis-je suspect de quelque perOdie ?

^:milie.

Oui , tu l'es , puisque enfin tu veux que je le die ; L'ordre de notre fuite est trop bien concerté Pour ne te soupçonner d'aucune lâcheté : Les dieux seraient pour nous prodigues en miracles , S'ils en avaient sans toi levé tous les obstacles. Fuis sans moi , tes amours sont ici superflus ^.

MAXIME

Ah ! vous m'en dites trop.

' Tu m'oses aimer, et tu n'oses mourir !

est sublime. ( V.)

=> .4visé n'est pas le mol propre; il semble qu'au conlraire Maxime a été trop peu avisé : il parait trop évidemment un perlide, Emilie l'a déjà appelé làelie. (V.)

^ Superflus n'est pas encore le mol propre; ces amours doivent être très-odieux à Emilie.

Celte scène de Maxime et d'Emilie ne fait pas l'effet qu'elle pourrait produire, parce que l'amourde Maxime révolte, parce que cette scène ne produit rien , parce qu'elle ne sert qu'à remplir un moment vide , parce qu'on sait bien qu'Kmilie n'acceptera point les propositions de Maxime, parce qu'il est impossible de rien produire de tliéàlral et d'attacbant entre un lâche qu'on méprise et une femme qui ne peul l'écouler (V )

EMILIE

J'en présume encor plus.

Ne crains pas toutefois que j'éclate en injures ; Mais n'espère non plus m'éblouir de parjures. Si c'est te faire tort que de m'en délier, Viens mourir avec moi pour te justifier.

MAXIME

Vivez, belle Emilie, et souffrez qu'un esclave...

EMILIE

Je ne t'écoute plus qu'en présence d'Octave. Allons, Fulvie, allons.

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