‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 545 sur 1093 · SCÈNE vr · texte numérisé non relu

SCÈNE vr

MAXIME

Désespéré , confus , Et digne, s'il se peut , d'un plus cruel refus , Que résous-tu , Maxime ? et quel est le supplice Que ta vertu prépare à ton vain artifice *? Aucune illusion ne te doit plus flatter; yEmilie en mourant va tout faire éclater ; Sur un même échafaud la perte de sa vie ^ Étalera sa gloire et ton ignominie, Et sa mort va laisser à la postérité L'infâme souvenir de ta déloyauté.

Un même jour t'a vu, par une fausse adresse '• , Trahir ton souverain , ton ami , ta maîtresse , Sans que de tant de droits en un jour violés , Sans que de deux amants au tyran immolés , Il te reste aucun fruit que la honte et la rage Qu'un remords inutile allume en ton courage.

Euphorbe , c'est l'effet de tes lâches conseils ; Mais que peut-on attendre enfin de tes pareils? Jamais un affranchi n'est qu'un esclave infâme :

' Autant le spectateur s'est prêté au monologue important d'Auguste, qui est un personnage respectable, autantil se refuse au monologue de Maxime , qui excite l'indignation et le mépris. Jamais un monologue ne fait un bel effet que quand on s'intéresse à celui qui parle , que quand ses passions , ses vi-rlus , ses malheurs, ses faiblesses, font dans son àme un combat si noble , si attachant , si animé , que vous lui pardonnez de parier trop longtemps à soi-même. (V.)

^ Ce mot de vertu dans la bouche de Maxime est déplacé , et va jus(ju'au ridicule. (V.)

3 II n'y avait point d'échafauds chez les Romains pour les criminels ; l'appareil barbare des supplices n'était point connu , excepté celui de la potence en croix pour les esclaves. ( V.)

4 Fausse adresse est trop faible, et Maxime n'a point été adroit. (V.)

Il ne parait pas convenable qu'un conjuré, qu'un sénateur reproche à un esclave de lui avoir fait commettre une mauvaise action; ce reproche serait i)on dans la bouche d'une femme faillie, dans celle de Phèdre, par exemple, à l'égaid d'Œnone, dans celle d'un jeune homme sans expérience, mais le spectateur ne peut souffrir un sénateur qui débile un long monologue pour dire à son esclave , qui n'est pas là , qu'il

CINNA, ACTE V, SCEiNE 1.

ZU

Bion qu'il change d'état , il no change point d'âme ; La tienne, encor servile, avec la liberté IN 'a pu prendre un rayon de générosité : Tu m'as fait relever une injuste puissance ; Tu m'as fait démentir l'honneur de ma naissance ; Mon cœur te résistait, et tu l'as combattu Jusqu'à ce que ta fourbe ait souillé sa vertu '. li m'en coûte la vie, il m'en coûte la gloire, Et j'ai tout mérité pour l'avoir voulu croire; Mais les dieux permettront à mes ressentiments De te sacrifier aux yeux des deux amants ^ , Et j'ose m'assurer qu'en dépit de mon crime ^ Mon sang leur servira d'assez pure victime. Si dans le tien mon bras, justement irrité, Peut laver le forfait de t'avoir écouté.

«ÔV«9« ?!<«»«

Page 1