‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 549 sur 1093 · EXAMEN DE CINNA · texte numérisé non relu

EXAMEN DE CINNA

Ce poëme a tant (i'iihistre.s suffrages qui lui donnent le premier rang parmi les miens, que je me ferais trop d'iniportanl s ennemis si j'en disais du mal : je ne le suis pas assez de moi-même pour clierclier des défauts ' où ils n'en ont

' Ce n'est pas ici une pièce telle que les Horaces. Ou voit bii u le même pinceau , mais l'ordonnance du tableau est très-suporieure. Il n'y a point de double action : ce ne sont point des intérêts indépendants les uns des autres, des actes ajoutés à des actes; c'est toujours la même intriî;ue. Les trois unités sont aussi parfaitement observées qu'elles puissent l'être, sans t|ii(i l'action soit gênée, sans que l'auteur paraisse faire le moindre effort. Il y a toujours de l'art ; et l'art s'y montre rarement a découvert. (V.) *— Le pardon généreux d'Auguste, les vers qu'il prononce, qui sont le sublime de la grandeur d'àme; ces vers que l'admiration a gravés dans la mémoire de tous ceux qui It s ont entendus, et cet avantage attaché à la beauté du dénoiiment, de laisser au spectateur une dernière impression, qui est la plus heureuse et la plus vive de toutes celles qu'il a reçues , ont fait regarder assez généralement cette tragédie comme Ik chef-d'œuvre de Corneille ; et si l'on ajoute à ce grand mérite du cinquième acte le discours éloquent de Cinna dans la scène ou il fait le tableau des proscriptions d'Octave ; cette autre scène si théâtrale où Auguste délil>ère avec ceux qui ont résolu de l'assassiner ; les idées profondes et l'énergie (le style qu'on remarque dans Ce dialogue aussi frappant à la lecture qu'au théâtre ; le monologue d'Auguste au quatrième acte; la fierté du caractère d'Emilie, et les traits heureux dont il est semé; cette préférence paraîtra suffisamment justiliée. N'oublions p<is surtout de remarquer combien l'auteur de Cinna a embelli les détails qu'il a puisés dans Sénèque. Tel est l'avantage inappréciable des beaux vers, telle est la supériorité qu'ils ont sur la meilleure prose, que la mesure et l'harmonie ont gravé dan.s tous les esprits et mis dans toutes les bouches ce qui demeurait comme enseveli dans les écrits d'un philosophe , et n'existait que pour un petit nombre de lecteurs. Cette précision commandée par le rhythme poétique, a tellement consacré les paroles que Corneille prête à Auguste, qu'on croirait qu'il n'a pu s'exprimer autrement; et la conversation d'Auguste et de Cinna ne sera jamais autre chose que les vers qu'on a retenus de Corneille. (La H.)

^ Quoique j"aie osé y trouver des défauts, j'oserais dire ici à Corneille : Je souscris à l'avis de ceux qui mettent cette pièce au-dessus de tous vos autres ouvrages; je suis frappé de la noblesse,des sentiments vrais, de la force, de l'élociuence, des grands traits de cette tragédie. Il y a peu de cette emphase et de cflte endure qui n'est qu'une grandeur fausse. Le récit que fait Cinna au premier acte, la délibération d'Auguste, plusieur.s

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