‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 556 sur 1093 · POLYEUCTE, ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

POLYEUCTE, ACTE I, SCÈNE IL

Aujourd'hui par des pleurs , chaque jour par quelque

Et ce songe rempli de noires visions [autre ' ;

N'est que le coup d'essai de ses illusions :

11 met tout en usage , et prière , et menace ;

Il attaque toujours, et jamais ne se lasse;

11 croit pouvoir enfin ce qu'encore il n'a pu ,

Et que ce qu'on diffère est à demi rompu.

Rompez ses premiers coups; laissez pleurer Pauline. Dieu ne veut point d'un cœur où le monde domine , Qui regarde en arrière , et , douteux en son choix , Lorsque sa voix l'appelle , écoute une autre voix.

POLYEUCTE

Pour se donner à lui faut-i! n'aimer personne ?

NÉARQUE

Nous pouvons tout aimer, il le souffre , il l'ordonne ; iMais , à vous dire tout , ce Seigneur des seigneurs Veut le premier amour et les premiers honneurs. Comme rien n'est égal à sa grandeur suprême , Il faut ne rien aimer qu'après lui , qu'en lui-même, Négliger, pour lui plaire , et femme , et biens et rang , Exposer pour sa gloire et verser tout son sang. Mais que vous êtes loin de cette ardeur parfaite Qui vous est nécessaire , et que je vous souhaite ! .le nepuis vous parler que les larmes aux yeux. Polyeucte, aujourd'hui qu'on nous hait en tous lieux , Qu'on croit servir l'État quand on nous persécute , Qu'aux plus âpres tourments un chrétien est en butte ■, Comment en pourrez-vous surmonter les douleurs , Si vous ne pouvez pas résister à des pleurs.'

POLYEUCTE

Vous nem'étonnez point; la pitié qui me blesse Sied bien aux plus grands cœurs, et n'a point de faiblesse. Sur mes pareils , Néarque , un bel œil est bien fort ^ : Tel craint de le fâcher qui ne craint pas la mort ; Et s'il faut affronter les plus cruels supplices, Y trouver des appas , en faire mes délices , Votre Dieu, que je n'ose encor nommer le mien , M'en donnera la force en me faisant chrétien.

• Après ;îflr des pleurs il fallait spécifier un autre obstacle. Chaque Jour par quelque autre : il semble que ce soit par quelque autre pleur. Le sens est clair, à la vérité , mais la phrase ne l'est pas.

Ici le sens me choque , et plus loin c'est la phrase.

BOILEIO.

Ces petites négligences multipliées se font plus sentir à la lecture qu'au théâtre ; rien ne doit échapper aux lecteurs qui veulent s'instruire. Quand Virgile eut appris aux Romains à faire des vers toujours nobles et éléganls, il ne fut plus permis d'écrite comme Ennius. (V.)

' On ne dirait plus aujourd'hui, sur mes pareils, ni «>» bel œil. Ce terme de pareil, dont Rotrou et Corneille se sont toujours servis , et que Racine n'employa jamais , semble caractériser une petite vanité bourgeoise. Vu bel œil est toujours ridicule, et beaucoup plus dans un mari que dans un amant. Fâcher un bel œil Cbt encore pis- (V.)

NEARQUE.

Hâtez-vous donc de l'être,

POLYEUCTE

Oui , j'y cours , cher Néarque, Je brûle d'en porter la glorieuse marque. Mais Pauline s'afflige, et ne peut consentir. Tant ce songe la trouble , à me laisser sortir.

NÉARQUE

Votre retour pour elle en aura plus de charmes ; D ans une heure au plustard vous essuîrez ses larmes; Et l'heur de vous revoir lui semblera plus doux , Plus elle aura pleuré pour un si cher époux. Allons, on nous attend.

POLYEUCTE

Apaisez donc sa crainte*, Et calmez la douleur dont son âme est atteinte. Elle revient.

NÉARQUE

Fuyez.

POLYEUCTE

Je ne puis,

NÉARQUE

Il le faut ; Fuyez un ennemi qui sait votre défaut , Qui le trouve aisément, qui blesse par la vue. Et dont le coup mortel vous plaît quand il vous lue '.

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