POLYEUCTE, ACTE I, SCÈNE IV
Mais il faut que votre âme à ces frayeurs résiste : La vision , de soi , peut faire quelque horreur ' , Mais non pas vous donner une juste terreur, [un père Pouvez-vous craindre un mort, pouvez-vous craindre Qui chérit votre époux , que votre époux révère , Et dont le juste choix vous a donnée à lui Pour s'en faire en ces lieux un ferme et sûr appui ?
PAULINE
Il m'en a dit autant , et rit de mes alarmes ; Mais je crains des chrétiens les complots et les char- Et que sur mon époux leur troupeau ramassé [mes , Ne venge tant de sang que mon père a versé.
STRATONICE
Leur secte est insensée , impie , et sacrilège ,
Et dans son sacrifice use de sortilège ;
Mais sa fureur ne va qu'à briser nos autels ;
Elle n'en veut qu'aux dieux , et non pas aux mortels.
Quelque sévérité que sur eux on déploie ,
Ils souffrent sans murmure , et meurent avec joie ;
Et, depuis qu'on les traite en criminels d'État ,
On ne peut les charger d'aucun assassinat.
PAULINE
Tais-toi , mon père vient.