POLYEUCTE, ACTE II, SCÈNE II
Polyeuctc, un seigneur des premiers d'Arménie , Goilte de son hymen la douceiu" infinie.
SÉYÈBE.
Te ne la puis du moins blâmer d'un mauvais cIioLn ; Polyeucte a du nom , et sort du sang des rois : Faibles soulagements d'un malheur sans remède ! Pauline , je verrai qu'un autre vous possède !
O ciel , qui malgré moi me renvoyez au jour , O sort , qui redonniez l'espoir à mon amour, Reprenez la faveur que vous m'avez prêtée , Et rendez-moi la mort que vous m'avez ôtée !
Voyons-la toutefois , et dans ce triste lieu Achevons de mourir en lui disant adieu; Que mon cœur, chez les morts emportant son image, De son dernier soupir puisse lui faire hommage.
FABIAN
Seigneur, considérez....
SÉVÈBE.
Tout est considéré.
Quel désordre peut craindre un cœur désespéré? N'y consent-elle pas ?
FABIAN
Oui , seigneur, mais....
SÉVÈBE.
N'importe.
FABIAN
Cette vive douleur en deviendra plus forte.
SÉVÈBE.
Et ce n'est pas un mal que je veuille guérir; Je ne veux que la voir, soupirer, et mourir.
FABIAN
Vous vous échapperez sans doute en sa présence ' ; Un amant qui perd tout n'a plus de complaisance; Dans un tel entretien il suit sa passion , Et ne pousse qu'injure et qu'imprécation '.
SÉVÈBE.
Juge autrement de moi , mon respect dure encore ; Tout violent qu'il est, mon désespoir l'adoro. Quels reproches aussi peuvent m'étre permis.' De quoi puis-je accuser qui ne m'a rien promis ? Elle n'est point parjure, elle n'est point légère; Son devoir m'a trahi , mon malheur, et son père ^. Mais son devoir fut juste, et son père eut raison ; J'impute à mon malheur toute la trahison 'i ; Un peu moins de fortune , et plus tôt arrivée ,
■ F.xpression bourgeoisp. (V.)
^ Cela n'est ni noble ni français. (V.)
3 Voilà où il est beau de s'élever au-dessus des règles de la grammaire. L'exaclilude demanderait so;i devoir, et son père, et mon maUicur m'ont trahi ; mais la passion rend ce désordre de paroles très-beau : on peut dire seulement giie trahi n'est pas le mot propre. ( V.)
4 Un devoir ne peut être ni juste, ni injuste : mai.s la justice consiste à faire son devoir. Il n'y a point eu là <Ie trabisoii. ( V.)
Elit gagné l'un par l'autre , et me l'eilt conservée ' ; Trop heureux , mais trop tard , je n'ai pu l'acquérir : Laisse-la-moi donc voir, soupirer et mourir *.
FABIAN
Oui , je vais l'assurer qu'en ce malheur extrême Vous êtes assez fort pour vous vaincre vous-même. Elle a craint comme moi ces premiers mouvements Qu'une perte imprévue arrache aux vrais amants, Et dont la violence excite assez de trouble , Sans que l'objet présent l'irrite et le redouble.
SÉVÈBE.
Fabian,jela vois.
FABIAN
Seigneur, souvenez-vous....
SÉVÈBE.
Hélas ! elle aime un autre, un autre est son époux.