‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 582 sur 1093 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

POLYEUCTE

{Les gardes se retirent aux coins du théâtre.)

Source délicieuse, en misères féconde, Que voulez-vous de moi , flatteuses voluptés? Heureux attachements de la chair et du monde , Que ne me quittez-vous , quand je vous ai quittés i* Allez , honneurs , plaisirs , qui me livrez la guerriî :

Toute votre félicité ,

Sujette à l'instabilité ,

En moins de rien tombe par terre ^ ;

Et comme elle a l'éclat du verre,

Elle en a la fragilité ^.

Ainsi n'espérez pas qu'après vous je soupire. Vous étalez en vain vos charmes impuissants ; Vous me montrez en vain par tout ce vaste empirt." Les ennemis de Dieu pompeux et florissants. Il étale à son tour des revers équitables

' Quatre ans après Polyeucte, Rotrou donna Saint Gvnil comme une tragédie sainte. On sait que ce Genêt était un corné dien qui se convertit sur le théâtre en joiianl dans une farce contre les chrétiens. Rotrou , dans cette pièce , a imité ces stances de Polyeucte. ( V.)

2 Tombe par terre est toujours mauvais ; la raison en estque par terre est inutile et n'est pas noble. Cette manière de parler est de la conversation familière : il est tombé par ti:rre. (V.)

3 Cest là un de ces concetli, un de ces faux brillanls qui étaient tant à la mode. Ce n'e^t pas l'éclat qui fait la fragilité; les diamants, qui éclatent bien davantage, sont très-solides. On remarqua , dès les premières représentations de Polyeucte , que ces trois vers étaient pris entièrement de la l renie-deuxième strophe d'une ode de l'évéque Godeau à Louis XIII :

Mais leur gloire tombe par terre ; £t comme elle a l'éclat du verre , £Ue en a la fragilité.

Cette ode était oubliée , comme le sont toutes les odes aux rois , surtout quand elles sont trop longues ; mais on la déterra pour accuser Corneille de ce petit plagiat. Sa mémoire i)ouvait l'avoir trompé : ces trois vers purent se présenter à lui dans la foule de ses autres enfants : il eut été mieux de ne les pas employer ; il était assez riche de son propre fonds. C'est peut-être une plus grande faute de les avoir crus bons que de se les être appropriés. ( V.) — Voltaire suppose que Corneille s'est approprié ces vers de Godeau; mais rien n'était plus éloigné du caractère de ce grand homme que de s'approprier les idées d'autrui. Lui-même, dans sa Médée, avait fait imprimer tous les vers qu'il avait imités de Sénèque; dans le Cid, tous ceux qu'il avait traduits de Guiilem de Castro; et dans la Mort de Pompée, ceux dont il était redevable à Lucain. Voltaire a mieux gardé le secret de ses emprunts.; Mais uû auteur qui s'est montré à cet égard aussi scrupuleux que Corneille ne peut être légèrement soupçonné de plagiat. Au reste, malgré l'opinion de Voltaire , les vers dont il s'agit pouvaient être regardés , non comme de faux brillanls , mais comme de bons vers. Ils sont évidemment une traduction de ce vers de Publius Syrus :

Foriuna vitrea est; tum cum splendet frangitur,-

et c'est vraisemblablement dans cette source que Corneille les avait puisés, f P.)

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