‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 597 sur 1093 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

I J'ai feint même à tes yeux des lâchetés extrêmes : . Et certes , sans l'horreur de ses derniers blasphèmes , Qui m'ont rempli soudain de colère et d'effroi , J'aurais eu de la peine à triompher de moi.

ALBIN

Vous maudirez peut-être un jour cette victoire , Qui tient je ne sais quoi d'une action trop noire , Indigne de Félix, indigne d'un Romain, Répandant votre sang par votre propre main.

Ainsi l'ont autrefois versé Brute et Manlie ' ; Mais leur gloire en a crû , loin d'en être affaiblie ; Et quand nos vieux héros avaient de mauvais sang. Ils eussent, pour le perdre, ouvert leur propre flanc '.

ALBIN

Votre ardeur vous séduit ; mais quoi qu'elle vous die, Quand vous la sentirez une fois refroidie , Quand vous verrez Pauline, et que son désespoir Par ses pleurs et ses cris saura vous émouvoir^...

FÉLIX

Tu me fais souvenir qu'elle a suivi ce traître ,

Et que ce désespoir qu'elle fera paraître

De mes commandements pourra troubler l'effet :

Va donc y donner ordre , et voir ce qu'elle fait ;

Romps ce que ses douleurs y donneraient d'obtacle;

Tire-la, si tu peux, de ce triste spectacle 4;

Tâche à la consoler. Va donc; qui te retient?

ALBIN

Il n'en est pas besoin , seigneur, elle revient.

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