POLYEUGTE, ACTE V, SCÈNE VI
Joins ta fille à ton gendre; ose : que tardes-tu ? Tu vois le même crime, ou la même vertu ; Ta barbarie en elle a les mêmes matières " . Mon époux en mourant m'a laissé ses lumières ; Son sang, dont tes bourreaux viennent de me couvrir, M'a dessillé les yeux, et me les vient d'ouvrir^.
Je vois , je sais , je crois , je suis désabusée : De ce bienheureux sang tu me vois baptisée ; Je suis chrétienne enfin, n'est-ce point assez dit? Conservé en me perdant ton rang et ton crédit ; Redoute Tempereur, appréhende Sévère ^ : Si tu ne veux périr, ma perte est nécessaire ; Polyeucte m'appelle à cet heureux trépas ; Je vois Néarque et lui qui me tendent les bras. Mène, mène-moi voir tes dieux que je déteste; Ils n'en ont brisé qu'un , je briserai le reste. On m'y verra braver tout ce que vous craignez , Ces foudres impuissants qu'en leurs mains vous pei- Et, saintement rebelle aux lois de la naissance, [gnez. Une fois envers toi manquer d'obéissance. Ce n'est point ma douleur que par là je fais voir ; C'est la grâce qui parle, et non le désespoir. Le faut-il dire encor, Félix.' je suis chrétienne 4; Affermis par ma mort ta fortune et la mienne ; Le coup à l'un et l'autre en sera précieux, Puisqu'il t'assure en terre en m'élevant aux cieux^.