‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 602 sur 1093 · POLYEUCTE, ACTE V, SCENE VI · texte numérisé non relu

POLYEUCTE, ACTE V, SCENE VI

r/est ainsi qu un chrétien se venge et se courrouce : Heureuse cruauté dont la suite est si douce! Donne la main , Pauline. Apportez des liens ; Iniinolez à vos dieux ces deux nouveaux chrétiens. Je le suis, elle l'est , suivez votre colère.

PALJLIA'E.

Qu'heureusement enfin je retrouve mon perc !

Ot heureux changement rend mon boniieur parfait.

FÉLIX

Ma fille , il n'appartient qu'à la main qui le fait.

SÉVÈRE

Qui ne serait touciié d'un si tendre spectacle!

De pareils changements ne vont point sans miracle ' :

Sans doute vos chrétiens qu'on persécute en vain

Ont quelque chose en eux qui surpasse l'humain ;

lis mènent une vie avec tant d'innocence ,

Que le ciel leur en doit quelque reconnaissance^ :

•Se relever plus forts, plus ils sont abattus,

I\'est pas aussi l'effet des communes vertus ^.

Je les aimai toujours , quoi qu'on m'en ait [)U dire;

Je n'en vois point mourir que mon cœur n'en soupire ;

Et peut-être qu'un jour je les connaîtrai mieux.

J'approuve cependant que chacun ait ses dieux 4,

Qu'il les serve à sa mode^, et sans peur de la peine.

Si vous êtes chrétien , ne craignez plus ma haine ;

Je les aime, Félix , et de leur protecteur

Je n'en veux pas sur vous faire un persécuteur^.

Gardez votre pouvoir, reprenez-en la marque ; Servez bien votre Dieu, servez votre monarque. Je perdrai mon crédit envers sa majesté , Ou vous verrez finir cette sévérité :

Par cette injuste haine il se fait trop d'outrage.

FÉLIX

Daigne le ciel en vous achever son ouvrage,

' Des ctiangenienis ne vout point : on inùne une vie innocente, et non p.is avec innocence; main j'approuve que chacun ait ses dieux, et servez voire monarque , reçoivent toujours des applaudissements. La manière dont le faineux Baron récitait ces vers, en appuyant sur servez votre monarque, était reçue avec transport. Plu.sieurs n'approuvent pas que Sévère dise à Félix : Gardez votre pouvoir, reprenez-en la ynarque, jiarce que ce n"es( pas lui qui donne les f;ùuvernemenls et ((ue Félix n'a pas quitté Je sien ; il n'appartient qu'à l'empereur (le parler ainsi. (V.)

' Style trop familier; et d'ailleurs cela n'est pas français, comme on l'a déjà dit. (V.)

^ Se relever n'est pas l'effet ; cela n'est pas exact, mais c'est une licence que je crois permise. (V.)

•^ Ce vers est toujours très-bien reçu du parterre : c'est la voix do la nature. (V.)

^ Qu'il les serve à sa mode ,

est du style comique; à son choix eut peut-èlre été mieux placé. (V.)

f' Il y avait auparavant en vous; cela paraissait un conire-sens : il semblait que ce fut Félix chrétien (|ui put être persécuteur, «'«rneillc corrigea sur vous : mais c'est une faule de langage; on persécute un lionime, et non sur un homme. Y.)

Et pour vous rendre un jour ce que vous méritez , Vous inspirer bientôt toutes ses vérités!

rs'otis autres , bénissons notre heureuse aventure ' Allons à nos martyrs donner la sépulture, Baiser leurs corps sacrés, les mettre en digne lieu , Et faire retentir partout le nom de Dieu '.

' IS'otre heureuse aventure, immédiatement après avoir coupé le cou à son gendre, fait un peu rire; et nous autres y contribue. L'extrême beauté du rôle de Sévère, la situation piquante de Pauline, sa scène admirable avec Sévère au quatrième acte, assurent a cette pièce un succès éternel : non-seulement elle enseigne la vertu la plus pure, mais la dévotion et la perfection du christianisme. Pobjeucte et Alhatie son[ laeondam nation éternelle de ceux qui, par une jalousie secrète, voudraient proscrire un art sublime dont les beautés n'effacent que trop leurs ouvrages : ils sentent combien cet art est au-dessus du leur; ne pouvant y atteindre, ils le veulent proscrire, et par une injustice aussi absurde que barbare, ils confondent Tabarin et Guillot <;orju avec saint Polyeucte et le grand-prètre Joad*. Dacier, dans ses remarques sur la poétique d'Aristole, prétend que Pol3eucte n'est pas propre au théâtre, jjaice que ce personnage n'excite ni la pitié ni la crainte; il attribue tout le succès à Sévère et à Pauline. Cette opinion est as.sez générale ; mais il faut avouer aussi qu'il y a de très-beaux traits dans lo rôle de Polyeucte, et qu'il a fallu un très-grand génie pour manier un sujet si difficile. {V.j

^ Les maximes sur la grâce divine, qui reviennent en plus d'un endroit de celte pièce, pouvaient avoir un intérêt particulier à cette époque où les querelles du jansénisn»! commençaient à divber la France. Personne n'ignore que le christianisme, qui fait le fond de cet ouvrage, était une des choses ((ui l'avaient fait condamner par l'hôtel de Rambouillet. Il est également concevable qu'on en ait regardé ((uelques passages comme plus faits pour la chaire que pour le théâtre, et que la multitude, qui entendait parler fous les jours de ces mêmes matières, se soit trouvée par avance familiarisée avec ces discussions théologiques, et n'ait pas été blessée de les retrouver dans une tragédie. Mais ce qui est certain, c'est que la disposition des esprits, soit par rapport à la politique, soit par rapport à la religion, ne lit ni le succès de Cinna, ni celui de Polijeuclc. (La h.) — 'Voltaire avait de l'aversion pour les sujets sacré.s, et celte aversion était devenue chez lui une espèce de manie qui s'était accrue avec l'âge. On sait que dans les dernières années de sa vie il changea dans la Henriade des vers qui avaient subsisté jusqu'alors dans toutes les éditions de ce poème, uniquement parce que ces vers paraissaient traduits d'un passage de l'Évangile. Qui sait même si, par une suite de celte manie, il ne se reprochait pas les vers dévots du vieux Lusignan dansZ(/i>f, et ce bel éloge du christianisme qui fait le dénoùmenl A'.JlzireP Quelque admiration qu'il eût constamment témoignée pour Racine, le ridicule qu'il a jeté sur le sujet û'Esther, et la critique amère qu'il s'est permise, en plus d'une occasion , de celui iï'JthaHe, prouvent qu'il avait de la peine à lui pardonner ces deux pièces. Quoi qu'il en soit, celle prévenlion d(! Voltaire contre les sujets religieux était d'une ii)cansé(pjence singulière : car enfin on peut admirer JlluiUe sans être juif, el sentir les beautés de Polyeucte sans être chrétien. .Mais, en parlant de celte prévention très-réelle, Voltaire, dans le personnage d'un martyr de la religion, ne pouvait voir qu'un fanatique impassible; et ce caractère lui paraissait peu fait pour la tragédie , dont le principal intérêt n'e.st fondé que sur le combat des pa.ssions. Il s'en était expliqué longtemps avant qu'il eiil la pensée de commenter Corneille; on peut en juger par celli! plaisanterie adressée a un jonglais dans la dédicace de Zaïre :

De Polyeucte la belle ûme

* Cette exagération est beaucoup trop forte rprsonnc ne cout'ni,,! P.ilyructc et Joaci avec Tabarin et Ciiillot Oorju. l.es plus ardcnls ennemis (les .'îiicctaclcs noiil jamais été absurdes à ce point là (1"}

EXAMEN DE POLYEUCTE

EXAMEN DE POLYEUCTE

Ce martyre est rapporté par Surius sur le neuvième de janvier. Polyeucte vivait en l'année 250, sous l'empeieur Décius. Il était Arménien, ami de Néarque, et gendie de Félix, qui avait la commission de l'empereur pour faire exécuter ses édits contre les chrétiens. Cet ami l'ayant résolu à se faire chrétien, il déchira ces édits qu'on publiait, arracha les idoles des mains de ceux qui les portaient sur les autels pour les adorer , les brisa contre terre , rés ista aux larmes de sa femme Pauline, que Félix employa auprès de lui pour le ramener à leur culte, et perdit la vie par l'ordre de son beau-père, sans autre baptême que celui de son sang. Voilà ce que m'a prêté l'histoire; le reste est de mon invention.

Pour donner plus de dignité à l'action, j'ai fait Félix gouverneur d'Arménie, et ai pratiqué un sacrilice public, afin de rendie l'occasion plus illustre, et donner un prétexte à Sévère de venir en cette province , sans faire éclater son amour avant qu'il en eût l'aveu de Pauline '. Ceux qui veulent arrêter nos héros dans une médiocre bonté, où quelques interprètes d'Aristote bornent leur vertu, ne liouveront pas ici leur compte, puisque celle de Polyeucte va jusqu'à la sainteté, et n'a aucun mélange de faiblesse. J'en ai déjà parlé ailleurs; et pour confirmer ce que j'en ai dit par quelques autorités , j'ajouterai ici que Mlnturnus, dans son Traité du Pocle, agite celte question , si la Passion de Jésus- Christ et les martyres des saints doi vent être exclus

Aurait faiblement attendri ,

Et les vers chrétiens qu'il déclame

Seraient tombés dan.s le décri.

N'eût été l'amour de sa femme

Pour ce païen son favori,

Qui méritait bien mieux sa flamme

Que son bon dévot de mari.

A l'égard de Pauline , si l'on considère que Voltaire était né à l'époque de la plus grande corruption de nos moeurs , qu'il était entré dans le monde au moment où cette corruption était portée à son comble, et qu'enfin il vit commencer dans sa première jeunesse cette licencieuse régence où les vices devinrent les mœurs de la nation , on ne sera pas étonné qu'il ait méconnu la beauté de ce caractère de Pauline, qui ne pouvait plus passer que pour une liction dénuée de vraisemblance. Ce n'est pas que dans son commentaire il ait eu la inaladres.se d'attaquer ouvertement le personnage de Pauline; mais tantôt il lui suppose de la coquetterie , .supposition qui.se détruit d'elle-même, pour peu qu'on lise rouvra{;e avec l'attention re.speelueusequ'il mérite; tantôt il s'égaye aux dépens de qucliines naïvetés, qu'il travestit en bassesses : enfin, si l'on pouvait admettre qu'il se trompât de bonn(! foi, nous n'en serions (jue plus confirmés dans l'opinion où nous sommes que le siècle où il a vécu ne lui permettait plus de bien juger un pareil chef-d'œuvre. (P.)

' Ceci répondra toutes les objections de Voltaire. Sévère, ditil, ne devait-il pas expédier de la frontière un exprès à Félix, et lui demander Pauline? Quoi! il a des lettres de faveur pour épouser Pauline, et il ne les a pas montrées en arrivant ! // ne voulait, pas, répond Corneille, et Sévère lui-même le dit dans la pièce, faire éclater son amnitr avant qu'il en eût l'aveu de Pauline. Voltaire, ayant le projet de commenter Corneille, (levait au moins consulter les différents examens que ce grand homme a mis n la suite de ces pièces, ou les lire avec plus d'attention. (P.)

du théâtre, à cause qu'ils passent cette médiocre bonté, et résout en ma faveur. Le célèbre Heinsius, qui non-seulement a traduit la Poétique de notre philosophe, mais a fait un Traité delà Constitution de la Tragédie selon sa pensée, nous en a donné une sur le martyre des Innocents. L'illustre Grotius a mis sur la scène la Passion même de Jésus-Christ et l'histoire de Joseph; et le savant Buchanan a fait la même chose de celle de Jephté, et de la mort de saint Jean-Baptiste. C'est sur ces exemples que j'ai hasardé ce poème, où je me suis donné des licences qu'ils n'ont pas prises, de changer l'histoire en quelque chose, et d'y mêler des épisodes d'invention : aussi m'était-il plus permis sur cette matière qu'à eux sur celle qu'ils ont choisie. Nous ne devons qu'une croyance pieuse à la vie des saints, et nous avons le môme droit sur ce que nous en tirons pour le porter sur le théâtre , que sur ce que nous empruntons des autres histoires; mais nous devons une foi chrétienne et indispensable à tout ce qui est dans la Bible, qui ne nous laisse aucune liberté d'y rien changer. J'estime toutefois qu'il ne nous est pas défendu d'y ajouter quelque chose, pourvu qu'il ne détruise rien de ces vérités dictées par le Saint-Esprit. Buchanan ni Grotius ne l'ont pas fait dans leurs poèmes, mais aussi ne les ont ils pas rendus assez fournis pour notre théâtre, et ne s'y sont proposé pour exemple que la constitution la plus simple des anciens. Heinsius a plus osé qu'eux dans celui que j'ai nommé : les anges qui bercent l'enfant Jésus , et l'ombre de Marianme avec les furies qui agitent l'esprit d'Hérode, sont des agréments qu'il n'a pas trouvés dans l'Évangile. Je crois même qu'on en peut supprimer quelque chose, quand il y a apparence qu'il ne plairait pas sur le théâtre, pourvu qu'on ne mette rien en la place; car alors ce serait changer î histoire, ce que le respect que nous devons à l'Écriture ne permet point. Si j'avais à y exposer celle de David et de Bethsabée, je ne" décrirais pas comme il en devint amoureux en la voyant se baigner dans une fontaine, de peur que l'image de cette nudité ne fit une impression trop chatouilleuse dans l'esprit de l'auditeur; mais je me contenterais de le peindre avec de l'amour pour elle, sans parler aucunement de quelle manière cet amour se serait emparé de son cieur.

Je reviens à Polyeucte, dont le succès a été très-heureux. Le style n'en est pas si fort ni si majestueux que celui de Cinna et de Pompée, mais il a quehpie chose de plus touchant, et les tendresses de l'amour humain y font un si agréable mélange avec la fermeté du divin, que sa représentation a satisfait tout ensemble les dévols et les gens du monde. A mon gré, je n'ai point fait de pièce où l'ordre du théâtre soit plus beau et l'cnchaîneinent des scènes mieux ménagé. L'unité d'action , et celle de jour et de lieu, y ont leur justesse; et les scrupules qui peuvent naître louchant ces deux dernières se dissiperont aisément, pour peu qu'on me veuille prêtei' de cette faveur que l'auditeiu- nous doit toujours, quand l'occasion s'en offre, en reconnaissance de la peine (pie nous avons prise à le divertir.

Il est hoi s de doute (pie, si nous appliquons ce poème à nos coutumes, le sacrifice se fait trop bjt après la venue de Sévère; et celle précipitation sortira du vraisenddal'le par la nécessité d'obéir à la règle. Quand le roi envoie ses

E.XAMEiN DE POLYEUCTE.

oïdics dans les \illcs iioui y faiic loiidio dos actions de ^rûcos iK)ur ses vicloiies, ou pour d'aiides Ijéuédiclions qu'il leœil du ciel, on ne les exécute [vas dès le jour môme; mais aussi il Caul du temps pour assembler le clergé, les magistrats et les coriis de ville, et c'est ce qui en lïiit diflëier l'exécution. Nos acteuis n'avaient ici aucune de ces assemblées à faire.

Il suflisail de la présence de Sévère et de Félix, et du ministère du grand prêtre; ainsi nous n'avons eu aucun besoin de remettre ce sacrifice à un autre jour. D'ailleurs comme Félix craignait ce favori, qu'il croyait irrité du mariage de sa fille, il était bien aise de lui donner le moins d'occasion de tarder qu'il lui était possible, et <le tàclier, •liirant son peu de séjour, à gagner son esprit par une piompte complaisance, et montrer tout ensemble une impatience d'obéir aux volontés de l'empereur.

L'autre scrupule regarde l'unité de lieu, qui est assez exacte, puisciue tout s'y passe dans une salle ou anlicbamhre coimnune aux appartements de Félix et de sa lilie. 11 semble que la bienséance y soit un [)eu forcée pour conserver cette unité au second acte, en ce que Pauline vient jus(pie dans cette antichambre pour trouver Sévère, dont elle devrait attendre la visite dans son cabinet. A quoi je réponds (ju'elle a eu deux raisons de venir au-devant de lui : l'une, pour faire [ilus d'honneur à un homme dont .son père redoutait l'indignation, et qu'il lui avait commandé d'adoucir en sa faveur; l'autre, pour rompre plus aisément la conversation avec lui, en se retirant dans ce • abinet, s'il ne voulait pas la quitter à sa prière, et se dé- Imer, par cette retraite, d'un entretien dangereux pour elle; ce qu'elle n'eut i)u faire, si elle eût reçu sa visite dans son appartement.

Sa confidence avec Stratonice, touchant l'amour qu'elle avait eu pour ce cavalier, me fait faire nne réilexion sur ic temps qu'elle prend pour cela. Il s'en fait bcaucoiqi sur nos Ihéitres d'affections qui ont déjà duré deux ou trois ans, dont on attend à révéler le secret justement au jour de l'action qui se représente, et non-seulement sans aucune laison de choisir ce jour-là plutôt qu'un autre pour le déclarer, mais lors même que vraisemblablement ou s'en est dû ouvrir beaucoup auparavant avec la personne à qui on en fait confidence. Ce sont choses dont H faut instruire le spectateur en les faisant apprendre par un des acteurs à l'antre; mais il faut prendre garde avec soin que celui à <jui on les apprend ait eu lieu de les ignorer jusque-là aussi

bien que le spectateur, et que quelque occasion tiiée du sujet oblige celui qui les récite à rompre enfin un silence tiu'il a gardé si longtemps. L'infant* dans le Cid, avoue à Léonor l'amour secret (qu'elle a pour lui, et l'aurait pu faire un an ou six mois plus tôt. Cléopàtre, dans romjxr, ne prend i)as des mesures plus justes avec Charmion; elle lui conte la passion de Césai- pour elle, et comme

Chaque jour ses courriers Lui portent en triLut ses vœux et ses lauriers.

Cependant, comme il ne parait personne avec qui elle ait jilus d'ouverture de cœur qu'avec cette Charmion , il y a grande apparence que c'était elle-même dont cette reine se seivait pour introduire ces courriers, et qu'ainsi elle devait savoir déjà tout ce commerce entre César et sa maîtresse, pu moins il fallait manpier quelque raison qui lui eût laissé ignorer jusque-là tout ce qu'elle lui apprend, et de quel autre ministère celte priitcesse s'était servie jtour recevoir ces courriers. Il n'en va pas de même ici. Pauline ne s'ouvre avec Stratonice que i)0ur lui faire entendre le songe qui la trouble, et les sujets qu'elle a de s'en alarmer; et comme elle n'a fait ce songe que la nuit d'auparavant , et qu'elle ne lui eût jamais révélé son secret sans cette occasion qtfi l'y oblige, on peut dire qu'elle n'a point eu lieu de lui faire cette confidence plus tôt qu'elle ne l'a faite.

Je n'ai point fait de narration de la mort de Polyeucte , parce que je n'avais personne pour la faire ni pour l'écouter, que des païens qui ne la pouvaient ni écouter, ni foire que comme ils avaient fait et écouté celle de JNéarcjuc, ce qui aurait été une répétition et marque de stérilité, et, en outre, n'aurait pas répondu à la dignité de l'action principale, qui est terminée par là. Ainsi j'ai mieux aimé la faire connaître par un saint emportement de Pauline , que cette mort a convertie, que par un récit qui n'eût point eu de grâce dans une bouche indigne de le prononcer. Félix son père se convertit après elle; et ces deux conversions, quoique miraculeuses, sont si ordinaires dans les martyres, qu'elles ue sortent point de la vraisemblance, parce qu'elles ne sont pas de ces événements rares et singuliers qu'on ne peut tirer en exemple ; et elles servent à remettre le calme dans les esprits de Félix, de Sévère et de Pauline, que sans cela j'aurais eu bien de la peine a retirer du lliéàtie dans un état qui rendit la pièce complète, en ne laissant rien à souhaiter à la curiosité de l'au diteui".

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