‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 616 sur 1093 · POMPÉE, ACTE · texte numérisé non relu

POMPÉE, ACTE

Dans son champ de victoire il se dit mon captif. j

Oui , tout victorieux il m'écrit de Pharsale ' ; Et si sa diligence h ses feux est égale , i

Ou plutôt si la mer ne s'oppose à ses feux ' , T/Kgvpte le va voir me présenter ses vœux. !

Il vient , ma Charmion , jusque dans nos murailles , j Chercher auprès de moi le prix de ses batailles , j

IM'offi-ir toute sa gloire , et soumettre à mes lois j

Ce cœur et cette main qui commandent aux rois : Et ma rigueur, mêlée aux faveurs de la guerre , Ferait un malheureux du maître de la terre.

CHARMION

J'oserais bien jurer que vos charmants appas Se vantent d'un pouvoir dont ils n'useront pas ^ Et que le grand César n'a rien qui l'importune Si vos seules rigueurs ont droit sur sa fortune '. IMais quelle est votre attente, et que prétendez-vous, Puisque d'une autre femme il est dt^jà l'époux , Et qu'avec Calphurnie * un paisible hyménée Par des liens sacrés tient son âme enchaînée ?

CLÉOPATRE

Le divorce , aujourd'hui si commun aux Romains , Peut rendre en ma faveur tous ces obstacles vains : César en sait l'usage et la cérémonie; Un divorce chez lui fit place à CalphurnJe.

CHARMION

Par celte même voie il pourra vous quitter.

CLÉOPATRE

Peut-être mon bonheur saura mieux l'arrête; , Peut-être mon amour aura quelque avantage Qui saura mieux que moi ménager son courage ^.

• Il faut dire, Oui, tout vainqueur qu'il est. (V.)

^ Celte opposition de la mer et des/t'«a: est un jeu de mots puéril , au(iuel l'auteur n'a peut-être pas pensé. Ce n'est pas assez (le ne pas cliercher ces petitesses, il faut prendre garde que le lecteur ne puisse les soupçonner. ( V )

^ Discours de soubrette; mais Cléop.Ure, qui e.>père avoir un enfant de César, s'exprime en femme aljandonnée. (V.) — Ce (|ui termine cette- remarque n'a plus d'olijet. Cléopàlre ne .s'exprime point en femme abandonnée. La critique de Voltaire lomliesurdes vers rjui se trouvaient dans les premières éditions de Corneillt!, et (ju'il supprima depuis. Voltaire cite ces vers à la pa^^e suivante, et pouvait se dis[)enser d(! les citer. ( P.)

'1 Toules ces expressions sont fau.sses et alamhicjuées. Des rigueurs n'ont point de droit , elles n'en ont point sur la fortune de (;ésar; cl ce Cvsnr qui n'a rien qui imiii>r/iiiic vslcoimqac J'avoue qu'on est étonné de tant (U- fautes, (juandon y regarde de près. Remarquons-les, pui.squ')l faut être utile; mais songeons toujours que Corneille a des beautés admiriibles, et que s'il a broncliédans la carrière, c'est lui qui l'a ouverte; en quelque façon , puisqu'il a surpassé ses contemporains jus()U'a l'époque {Vyludromaque. (V.)

5 Corneille a écrit Calpurnie dans la première édition seulement.

'"' .Son amour qui a un avantage, lequel ménagera mieux le courage de César qu'elle-même, est une idée obscure exprimée obseurénient. (V.)

Il, SCÈNE IT. 'Mi

IMais laissons au hasard ce qui peut arriver

Achevons cet hymen , s'il se peut achever ;

Ne durât-il qu'un jour, ma gloire est sans seconde

D'être du moins un jour la maîtresse du monde.

T'ai de l'ambition, et soit vice ou vertu,

iVIon C(Tcur sous son fardeau veut bien être abattu ;

.l'en aime la chaleur, et la nomme sans cesse

La seule passion digne d'une princesse.

]\Iais je veux que la gloire anime ses ardeurs ,

Qu'elle mène sans honte au faîte des grandeurs ;

Et je la désavoue alors que sa manie

Nous présente le trône avec ignominie.

Ne t'étonne donc plus, Charmion, de me voir Défendre encor Pompée et suivre mon devoir ; Ne pouvant rien de plus pour sa vertu séduite. Dans mon âme en secret je l'exhorte à la fuite • , Et voudrais qu'un orage, écartant ses vaisseaux. Malgré lui l'enlevât aux mains de ses bourreaux. IMais voici de retour le fidèle Achorée , Par qui j'en apprendrai la nouvelle assurée ^

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