‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 622 sur 1093 · PTOLOMÉE, PHOTIN · texte numérisé non relu

PTOLOMÉE, PHOTIN

PTOLOMÉE

J'ai suivi tes conseils; mais plus je l'ai flattée, Et plus dans l'insolence elle s'est emportée ' ; Si bien qu'enfin , outré de tant d'indignités. Je m'allais emporter dans les extrémités' : Mon bras, dont ses mépris forçaient la retenue , N'eiit plus considéré César ni sa venue. Et l'eilt mise en état, malgré tout son apjjui , De se plaindre à Pompée auparavant qu'à lui ^. L'arrogante ! à l'ouïr elle est déjà ma reine ; Et si César en croit son orgueil et sa haine , Si , comme elle s'en vante , elle est son cher objet , De son frère et son roi je deviens son sujet. Non, non; prévenons-la : c'est faiblesse d'attcndi-c Le mal qu'on voit venir sans vouloir s'en défendre : Otons-lui les moyens de nous plus dédaigner ; Otons-lui les moyens de plaire et de régner ; Et ne permettons pas qu'après tant de bravades , Mon sceptre soit le prix d'une de ses œillades 4.

PHOTIN

Seigneur, ne donnez point de prétexte à César Pour attacher l'Egypte aux pompes de son char*. Ce cœur ambitieux , qui , par toute la terre , Ne cherche qu'à porter l'esclavage et la guerre , Enflé de sa victoire , et des ressentiments Qu'une perte pareille imprime aux vrais amants '' , Quoique vous ne rendiez que justice à vous-même , Prendrait l'occasion de venger ce qu'il aime ;

' Elle s'est emportée dans l'insolence est un barbarisme el un solécisme. Il (nul, Jusqu'à l'insolence elle s'est emportée. (V.)

^ On s'emporte à quelque extrémité, et non dons les extrémités. Ptolémée doit-il dire qu'il a été tenté de tuer sa sieur? Il me semble qu'au théâtre on ne doit parleur de meurtre que dans les grandes pas.'iions ou dans les grands intérêts , et non pas après une .sccin' d'ii'onie et de picoterie. (V.)

3 Aupanti'dHi qu'à lui n'est pas fraiK;ais. C<'t adverbe absolu n'admet aucune relation , aucun régime. Il faut, uvanl qu'à lui. (V. )

4 Ces deux vers sont du style comique. On p<'ut trouver de telles observations minutieuses; mais elles sont faites pour les étrangers : il ne faut rien omeltre. (V.)

i Attacher l'Egypte à des pompes! (V.)

'• Un ministre tl'État, et mémtî un scélérat , (pii parle de \ r.iis amants, et des ressentiments (|u'une perte imprime aux vrais amanis! (V.)

Et, pour s'assujettir et vos États et vous, Imputerait à crime un si juste courroux.

PTOLOMÉE

Si Cléopâtre vit, s'il la voit, elle est reine.

PHOTIN

Si Cléopâtre meurt, votre perte est certaine.

PTOLOMÉE

Je perdrai qui me perd, ne pouvant me sauver.

PHOTIN

Pour la perdre avec joie il faut vous conserver '.

PTOLOMÉE

Quoi ! pour voir sur sa tête éclater ma couronne? Sceptre , s'il faut enfin que ma main t'abandonne , Passe , passe plutôt en celle du vainqueur^.

PHOTIN

Vous l'arracherez mieux de celle d'une sœur. Quelques feux que d'abord il lui fasse paraître , Il partira bientôt, et vous serez le maître. L'amour à ses pareils ne donne point d'ardeur^ Qui ne cède aisément aux soins de leur grandeur : Il voit encor l'Afrique et l'Espagne occupées Par Juba , Scipion , et les jeunes Pompées ; Et le monde à ses lois n'est point assujetti , Tant qu'il verra durer ces restes du parti. Au sortir de Pharsale un si grand capitaine Saurait mal son métier s'il laissait prendre haleine, Et s'il donnait loisir à des cœurs si hardis De relever du coup dont ils sont étourdis ^ : S'il les vainc, s'il parvient où son désir aspire 5, II faut qu'il aille à Rome établir son empire , Jouir de sa fortune et de son attentat , Et changer à son gré la forme de l'État. Jugez durant ce temps ce que vous pourrez faire. Seigneur, voyez César, forcez-vous à lui plaire ; Et lui déférant tout, veuillez vous souvenir Que les événements régleront l'avenir.

Remettez en ses mains trône, sceptre, couronne'*, Et, sans en murmurer, souffrez qu'il en ordonne : Il en croira sans doute ordonner justement, En suivant du feu roi l'ordre et le testament ; L'importance d'ailleurs de ce dernier service Ne permet pas d'en craindre une entière injustice. Quoi qu'il en fasse enfin , feignez d'y consentir,

» Cet avec joie est ridicule : il devait dire, pour la ptrUrc sans vous nuire, pour vous vcnr/er avecsûrctc. (V.)

» Il faut avoir l'attention d'éviter ces façons de parler employées dans le style bas; passe , passe fait un effet ridirule. (V.)

3 Vamour qui donne de Yardcur! { V.)

4 On relève de maladie, on ne relève pas d'un coup. ( V.) '•> Évitez toujours ces syllabes rudes et sèches. (V. )

^ Cène sont point trois choses différentes, c'est la même idée BOUS trois diverses ligures ; c'est un pléonasme , une négligence.

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