‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 624 sur 1093 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CIIARMION , ACUORÉË.

CHARMION

Oui, tandis que le roi va lui-même en personne Jusqu'aux pieds de César prosterner sa couronne^, Cléopâtre s'enferme en son appartement.

• Noire langue ne permet guère qu'on applique à des choses inanimées des verbes qui ne sont appropriés qu'à des choses animées. On séduit un homme; et, par une métaphore trèsjuste, on séduit sa passion : mais quand on séduit un l)omme pui.ssant, ce n'est pas son pouvoir (ju'on séduit. Cette impropriété de termes est souvent ce qui révolte le lecteur, sans qu'il s'aperçoive d'où nait son dégoût. Les poètes comme Boihau i-l Racine , qui n'emploient jamais que des métaphores justes , (jui écrivent toujours purement, sont lus de tout le monde, et il n'y a pas un seul de leurs vers que les amateurs ne relisent cent fois, et ne sachent par c<rur; mais on ne lit des autres que quelques endroits de génie, dont la beauté supérieure s'élève au-dessus des règles de la svaL'ixe et de la correction du style. (V.)

» Corneille, dans l'examen de Pompée, dit qu'on a trouvé mauvais qu'Acliorée fasse le récit intéressant qui suit à une simple suivante; il donne pour réponse que cette suivante tient lieu (le la reine : mais , encore une fois, les récits intéressants ne doivent être fiiits qu'aux principaux personnages. On est mécontent de voir une suivante qui dit que sa maîtresse, rf(/«sso/t opparlument, de César attend h compliment sans s'en émouvoir. Ces scènes inutiles, et par conséquent froides, prouvent ((ue presque toutes les tragédies françaises sont trop longues : on les appelle des scènes de remplissage ; ce mot est leur condanmation. ( V. ) -

^ On ne prosterne point une couronne; on se prosterne, on dépose une couronne ; on la dépose aux pieds, et non jusqu'aux pieds. (V )— Que voulait peindre Corneille? rextrènira\iU,s.sement d'un roi; et toute autre expression que celle de prosterner sa. couronne eut affaibli sa pensée. Prosterner, on le sait, est un de ces verbes qui, dans l'usage ordinaire, ue se conju-

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