‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 625 sur 1093 · POMPÉE, ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

POMPÉE, ACTE III, SCÈNE I

Lt, sans s'en cniouvtiir, allond son compliment. Connneiit nomnierez-vous une humour si Iiautainc ' ?

ACHOUÉE.

Lin orgueil noble et juste , et digne d'une roine Qui soutient avec, cœur et magnaninulé L'honneur de sa naissance et de sa dignité : Lui pourrai-je parler?

CHARMION

Non; mais elle m'envoie Savoir à cet abord ce qu'on a vu de joie * ; Ce qu'à ce beau présent César a témoigné ^ ; S'il a paru content, ou s'il l'a dédaigné ; S'il traite avec douceur, s'il traite avec empire -i ; Ce qu'à nos assassins enfin il a su dire.

ACHOEÉE.

La tcte de Pompée a produit des effets Dont ils n'ont pas sujet d'être fort satisfaits ^. Je ne sais si César prendrait plaisir à fcindre; Mais pour eux jusqu'ici je trouve lieu de craindre : S'ils aimaient Ptolomée, ils l'ont fort mal servi.

Vous l'avez vu partir, et moi je l'ai suivi. Ses vaisseaux en bon ordre ont éloigné la ville f', Kt pour joindre César n'ont avancé qu'un mille : Il venait à plein voile 7 ; et si dans les hasards H éprouva toujours pleine faveur de Mars, Sa flotte, qu'à l'envi favorisait Neptune, Avait le vent en poupe ainsi que sa fortune *.

jiticnl qu'avec un pronom. On ne prosterne point, on se pros- ItTiie; mais tout poète qui , en faveur d'une pensée forte; ou fl'une iniaf»e licureuse, ne sait pas s'affrancliir de la fj'rannie de l'usage, ne sera jamais qu'un poëte médiocre. Il faut sans doute respecter la langue; mais c'est la respecter que de l'enrichir, et c'est aux poètes surtout qu'elle doit ce qu'elle a d(; plus noble et de plus pompeux. Racine, Boileaii, Corneille lui-même, ont fondé la notre , et l'ont élevée à une perfection que sans eux elle n'eût jamais acquise. Prosterner sa couronne est une fif^ure hardie qui .sera toujours applaudie de tous ceux qui se connaissent en poésie ; eh! qui devait mieux s'y connaître que Voltaire? (F.) • Humeur n'est pas plus noble que beau présent. (V.)

2 Ce qu'on a vu de Joie ne peut se dire dans le style tragique, quoique ce soit une suivante qui parle. (V.)

3 Ce beau présent est comique. (V.)

à Traite exige un régime; ce verbe n'est neutre que lors- (ju'on parle d'un traiteur. (V.)

5 Ce vers est un peu de comédie. (V.)

^ Ont éloif/né ta ville est un solé-cisir»!. Il fallait .sv sont éloignés de, ou plutôt une autre exi)re.ssion, un autre tour. (V.)

7 II venait a i)leiii volIc, etc.

est un .solécisme : voile <le vaisseau a toujours éli'; féminin; voile (|ui couvre, masculin. (V.)

" N'est-ce pas là une réflexion iimlile, et en même (emps trop recherchée? Pouniuoi dire que son vais.seau avait le vent (mi poupt'? pourquoi compantr la fortune de César à ce vaisseau? (|ucl rapport (h; ces idées avec la réception dont il s'agit? La peinture de riiuiniiialion de Ptoléméc! est admirable, parce qu'elle est vraie; celhrde la (étr; di; Pompée, ipii semble s'aj) prêtera parler, n'esl pas si vraie : celaseni le poêle; el des lors on n'esl plus si louché. Un mori n"a pas la \ue égarée. (V )

Dès le premier abord notre prince étonné Ne s'est jilus souvenu de son front couronné ; Sa frayeur a paru sous sa fausse allégresse; 'J'outes ses actions ont senti la bassesse : J'en ai rougi moi-même , et me suis plaint à moi De voir là Ptolomée , et n'y voir point de roi ; Et César, qui lisait sa peur sur son visage , Le flattait par pitié pour lui donner courage. Lui , d'une voix tombante offrant ce don fatal : « Seigneur, vous n'avez plus , lui dit-il , de rival ; « Ce que n'ont pu les dieux dans votre ïhessalie, « Je vais mettre en vos mains Pompée et Corné! ie : « En voici déjà l'un, et pour l'autre, elle fuit ; « Maisavec six vaisseaux un des miens la poursuit • .

A ces mots Achillas découvre cette tête : Il semble qu'à parler encore elle s'apprête; Qu'à ce nouvel affront un reste de chaleur En sanglots mal formés exhale sa douleur ; Sa bouche encore ouverte et sa vue égarée Rappellent sa grande âme à peine séparée; Et son courroux mourant fait un dernier effort Pour reprocher aux dieux sa défaite et sa morl. César, à cet aspect, comme frappé du foudre % Et comme ne sachant que croire ou que résoudre ', Immobile , et les yeux sur l'objet attachés , Nous tient assez longtemps ses sentiments cachés; Et je dirai , si j'ose en faire conjecture 4, Que, par un mouvement commun à la nature , Quelque maligne joie en son cœur s'élevait, Dont sa gloire indignée à peine le sauvait s. L'aise de voir la terre à son pouvoir soumise Chatouillait malgré lui son àme avec surprise, Et de cette douceur son esjirit combattu Avec un peu d'effort rassurait sa vertu. S'il aime sa grandeur, il hait la perfidie; Il se juge en autrui , se tâte , s'étudie,

' Un des miens; il .semble que ce soll un de ses vais.seaux , et l'Iolémée entend un de ses ofliciiers. Ces méprises sont assez conununes dans noire langue; il faut y prendre garde soigneusement (V.)

'- Ce n'est pas un coup de foudre i)(>ur César (pic; la morl de Pomj)ée. (V.) —Non, sans doute, la mort de Pompée n'est pas un coup de foudre pour (;ésar; ce qui n'empêclie i)as ((u'au spectacle affreux et inattendu de celte tête-. César ni'. piiiss(! être frappé (U)irune d'un coup de foudre : dans son Irouble, il l)eut même d'abord , connne l(; dit Achorée, ne savoir (;e ciu'il doit croire. Kst-ce bien par les ordres de Ptolémée qu(' Pompée a |)éri? sont-c(! les assassins de ce grand homme (pii osent lui présenter sa têt(!? que résoudra-t-il? Tous ces sentiments sont vrais et naturels. (P.)

^ Il doit savoir certainement que croire en voyant la télé de Pompée. (V.)

4 Expression un peu liiviale. (V.)

■' Ouelle peinture, el (pielle vérilt'! que ces grands f rails effacent (le fauti's' lUen n'esl plus beau (pie celte lirad(( ; elle tait voir en niêiiK! Ienq)s (pTil fallait mettre ce rv.cil intéressant dans lu bouche d'un personnage plus important qu'Achoréc ( V .)

POMPÉE, ACTE m, SCENE li.

Kxainine en secret sa joie et ses douleurs, Les balance, choisit, laisse couler des pleurs; Et, forçant sa vertu d'être encor la maîtresse , Se montre généreux par un trait de faiblesse : Ensuite il fait ôter ce présent de ses yeux, Lève les mains ensemble et les regards aux cieux , Lâche deux ou trois mots contre cette insolence ; Puis tout triste et pensif il s'obstine au silence , Et même à ses Romains ne daigne repartir Que d'un regard farouche et d'un profond soupir. Eniïn ayant pris terre avec trente cohortes , Il se saisit du port, il se saisit des portes , Met des gardes partout et des ordres secrets • , Fait voir sa défiance , ainsi que ses regrets , Parle d'Egypte en maître et de son adversaire. Non plus comme ennemi, mais comme son beau-père. Voilà ce que j'ai vu.

CHARMION

Voilà ce qu'attendait, Ce qu'au juste Osiris la reine demandait. Je vais bien la ravir avec cette nouvelle *. Vous , continuez-lui ce service Adèle.

ACHORÉE

Qu'elle n'en doute point. Mais César vient. Allez, Peignez-lui bien nos gens pâles et désolés ; Et moi , soit que l'issue eii soit douce ou funeste, J'irai l'entretenir quand j'aurai vu le reste.

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