POMPÉE, ACTE V, SCÈNE II
Madame , j'ai porté, mes pas et mes sanglots
Du côté que le vent poussait encor les Ilots.
Je cours longtemps en vain ; mais enfin d'une roche
J'en découvre le tronc vers un sable assez proche,
Où la vague en courroux semblait prendre plaisir
A feindre de le rendre , et puis s'en ressaisir.
Je m'y jette , et l'embrasse , et le pousse au rivage ;
Et , ramassant sous lui le débris d'un naufrage,
.le lui dresse un bûchera la hâte et sans art,
l'el que je pus sur l'heure, et qu'il plut au hasard.
A peine brùlait-il que le ciel plus propice
i\ l'envoie un compagnon en ce pieux oflice :
(lordus, un vieux Romain qui demeure en ces lieux ,
Retournant de la ville , y détourne les yeux ;
Et, n'y voyant qu'un tronc dont la tète est coupée,
A cette triste marque il reconnaît Pompée.
Soudain la larme à lœil : « O toi , qui que tu sois,
« A qui le ciel permet de si dignes emplois,
«> Ton sort est bien, dit-il , autre que tu ne penses ;
" Tu crains des châtiments, attends des récompenses.
•> César est en Egypte, et venge hautement
'< Celui pour qui ton zèle a tant de sentiment, [dre ,
" Tu peux faire éclater le soins qu'on t'en voit pren-
i> Tu peux même à sa veuve en reporter la cendre.
'• Son vainqueur l'a reçue avec tout le respect
«. Qu'un dieu pourrait ici trouver à son aspect.
" Achevé, je reviens. » Il part et m'abandonne ,
Et rapporte aussitôt ce vase qu'il me donne ,
Où sa main et la mienne enfin ont renfermé
Ces restes d'un héros par le feu consumé.
COBNÉLIE.
O que sa piété mérite de louanges !