PHILIPPE
Kn entrant j'ai trouvé des désordres étranges.
J'ai vu fuir tout un peuple en foule vers le port ,
Où le roi, disait-on, s'était fait le plus fort.
Les Romains poursuivaient; et César, dans la place
Huisselante du sang de cette populace,
Montrait de sa justice un exemple assez beau.
Faisant passer Photin par les mains d'un bourreau.
Aussitôt qu'il me voit , il daigne me connaître;
Et prenant de ma main les cendres de mon maître :
.. Restes d'un demi-dieu, dont à peine je puis
» Égaler le grand nom, tout vainqueur que j'en suis,
<■ De vos traîtres , dit-il , voyez punir les crimes :
« Attendant des autels , recevez ces victimes ;
■> Bien d'autres vont les suivre. Et toi, cours au palais
« Porter à sa moitié ce don que je lui fais;
« Porte à ses déplaisirs cette faible allégeance,
« Et dis-lui que je cours achever sa vengeance. »
Ce grand homme à ces mots me quitte en soupirant ,
Et baise avec respect ce vase qu'il me rend.
0 soupirs , ô respect ! ô qu'il est doux de plaindre
Le sort d'un ennemi quand il n'est plus à craindre ' Qu'avec chaleur, Philippe, on court à le venger Lorsqu'on s'y voit forcé par son propre danger, Et quand cet intérêt qu'on prend pour sa mémoire Fait notre sûreté comme il croît notre gloire! César est généreux , j'en veux être d'accord ; Mais le roi le veut perdre, et son rival est mort. Sa vertu laisse lieu de douter à l'envie De ce qu'elle ferait s'il le voyait en vie : Pour grand qu'en soit le prix, son péril en rabat ' ; Cette ombre qui la couvre en affaiblit l'éclat ; L'amour même s'y mêle, et le force à combattre ; Quand il venge Pompée, il défend Cléopâtre. Tant d'intérêts sont joints à ceux de mon époux , Que je ne devrais rien à ce qu'il fait pour nous, Si comme par soi-même un grand cœur juge un autiv, Je n'aimais mieux juger sa vertu par la nôtre ^, Et croire que nous seuls armons ce combattant, Parce qu'au point qu'il est j'en voudrais faire autant • .