POMPÉE, ACTE
Trop juste à la douleur dont vous êtes atteinte ' ; Je viens pourrendre hommage aux cendres d'un iiéros Qu'un fidèle affranchi vient d'arracher aux flots , Pour le plaindre avec vous , et vous jurer, madame , Que j'aurais conservé ce maître de votre ame , Si le ciel , qui vous traite avec trop de rigueur, M'en eût donné la force aussi bien que le cœur. Si pourtant , à l'aspect de ce qu'il vous renvoie , Vos douleurs laissaient place à quelque peu de joie; Si la vengeance avait de quoi vous soulager. Je vous dirais aussi qu'on vient de vous venger, Que le traître Photin... Vous le savez peut-être ?
Oui , princesse , je sais qu'on a puni ce traître.
CLÉOPATRE
Un si prompt châtiment vous doit être bien doux.
COBNÉLIE.
S'il a quelque douceur, elle n'est que pour vous.
CLÉOPATRE
Tous les cœurs trouvent doux le succès qu'ils espèrent.
Comme nos intérêts, nos sentiments diffèrent. Si César à sa mort joint celle d'Achillas, Vous êtes satisfaite, et je ne la suis pas *. Aux mânes de Pompée il faut une autre offrd^ide : La victime est trop basse , et l'injure est trop grande ; Et ce n'est pas un sang que pour la réparer Son ombre et ma douleur daignent considérer ; L'ardeur de le venger, dans mon âme allumée ^ , En attendant César, demande Ptolomée''.
Tout indigne qu'il est de vivre et de régner, Je sais bien que César se force à l'épargner; Mais , quoi que son amour ait osé vous promettre, Le ciel , plus juste enfin , n'osera le permettre ; Et , s'il peut une fois écouter tous mes vœux , Par la main l'un de l'autre ils périront tous deux ^.
» Juste à la douleur n'est pas français; il fallait, permise à ta douleur. (V.)
» On sait aujourd'hui qu'il faut,^"e ne le suis pas; ce le est neutre : Ètes-vous satisfaites ? nous le sommes , et non pas nous tes sommes. (V.)
3 L'ardeur de le venger ne se rapporte à rien : elle veut (lire Pompée; mais ce régime est trop éloigné. (V.)
4 Pourquoi tant répéter qu'elle veut la tète de César, le vengeur de son mari? que dirait-elle de plus s'il en était l'assassin? Pompée lui-même eiit-il demandé la léle de César? est-ce ainsi qu'on doit traiter le plus généreux des vainqueurs? Ce sentiment eut été lâche dans Pompée : pourquoi serait-il beau dans Cornelie? (V.)
5 Kncore des souhaits pour la mort de César ! qu'un sentiment contraire serait plus nohle! (V.) — Quoi! Voltaire voudrait-il donc que Cornelie devint l'amie de César? ne lui a-t-elle pas payé tout ce qu'elle peut lui devoir d'estime parce vers admirable :
O ricl ! ijuc de vertus tous me fuilcs haïr!
V, SCÈNE IIL 391
' ]\Ion âme à ce bonheur, si le ciel me l'envoie. Oubliera ses douleurs pour s'ouvrir à la joie; INIais si ce grand souhait demande trop pour moi , Si vous n'en perdez qu'un, ô ciel ! perdez le roi.
CLÉOPATRE
Le ciel sur nos souhaits ne règle pas les choses '.
Le ciel règle souvent les effets sur les causes =■ , Et rend aux criminels ce qu'ils ont mérité.
CLÉOPATRE
Comme de la justice, il a de la bonté.
Oui ; mais il fait juger, à voir comme il commence , Que sa justice agit, et non pas sa clémence.
CLÉOPATRE
Souvent de la justice il passe à la douceur.
Reine, je parle en veuve, et vous parlez en sœur. Chacune a son sujet d'aigreur ou de tendresse ^ , Qui dans le sort du roi justement l'intéresse. Apprenons par le sang qu'on aura répandu A quels souhaits le ciel a le mieux répondu. Voici votre Achorée.