POMPÉE, ACTE V, ACTE IV
Ou l'Iiotin a reçu le prix de son audace;
Que d'un si prompt suppliée Achillas étonné
S'est aisément saisi du port abondonné;
Que le roi Ta suivi ; qu'Antoine a mis à terre
<.;e qui dans ses vaisseaux restait de gens de guerre;
Que César l'a rejoint; et je ne doute pas
Qu'il n'ait su vaincre encore, et punir Achillas.
ACHOKÉE.
Oui, madame, on a vu son bonheur ordinaire...
CLÉOPATRE
Dites-moi seulement s'il a sauvé mon frère, S'il m'a tenu promesse.
ACHORÉE
Oui, de tout son pouvoir.
CLÉOPATRE
C'est là l'unique point que je voulais savoir. IMadame, vous voyez , les dieux m'ont écoutée.
CORNÉLÎE.
Ils n'ont que différé la peine méritée.
\ ous la vouliez sur l'heure, ils l'en ont garanti.
ACHORÉE
Il faudrait qu'à nos vœux il eilt mieux consenti.
CLÉOPATRE
Quedisiez-vous naguère? et que viens-je d'entendre.' Accordez ces discours, que j'ai peine à comprendre.
ACHORÉE
Aucuns ordres ni soins n'ont pu le secourir; IMalgré César et nous il a voulu périr : Mais il est mort, madame, avec toutes les marques Que puissent laisser d'eux les plus dignes monarques; Sa vertu rappelée a soutenu son rang , Kt sa perte aux Romains a coilté bien du sang. Il combattait Antoine avec tant de courage , Qu'il emportait déjà sur lui quelque avantage ; Mais l'abord de César a changé le destin ; Aussitôt Achillas suit le sort de Photin : Il meurt, mais d'une mort trop belle pour un traître , Les armes à la main , en défendant son maître. Le vainqueur crie en vain qu'on épargne le roi ; Ces mots au lieu d'espoir lui donnent de l'effroi ; Son esprit alarmé les croit un artifice Pour réserver sa tête à l'affront d'un supplice. Il pousse dans nos rangs , il les perce , et fait voir Ce que peut la vertu qu'arme le désespoir ; Kt son cœur, emporté par l'erreur qui l'abuse , Cherche partout la mort, que chacun lui refuse. Lnlin perdant haleine après ces grands efforts. Près d'être environné , ses meilleurs soldats morts , Il voit quelques fuyards .sauter dans une barque ; 1! s'y jette , et les siens , qui suivent leur monarque , D'un si grand nombre en foule accablentce vaisseau , Oue la mer l'engloutit avec tout son fardeau.
C'est ainsi que sa mort lui rend toute sa gloire, A vous toute rÉgypte, à César la victoire. Il vous proclame reine; et, bien qu'aucun Romain Du sang que vous pleurez n'ait vu rougir sa main , Il nous fait voir à tous un déplaisir extrême, Il soupire, il gémit. l\Iais le voici lui-même , Qui pourra mieux que moi vous montrer la douleur Que lui donne du roi l'invincible malheur.