‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 647 sur 1093 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Ci:SAR, CORNÉLIE, CLÉOPATRE, AN- TOINE, LÉPIDE, ACHORÉE, ClIARMION, PHILIPPE.

César, tiens-moi parole, et me rends mes galères '.

Achillas et Photin ont reçu leurs salaires;

Leur roi n'a pu jouir de ton cœur adouci ^ ;

r.t Pompée est vengé ce qu'il peut l'être ici -^

.Te n'y saurais plus voir qu'un funeste rivage

Qui de leur attentat m'offre l'horrible image.

Ta nouvelle victoire , et le bruit éclatant

Qu'aux changements de roi pousse un peuple inco'is-

Et, parmi ces objets, ce qui le plus m'aiïligo, [tant^;

C'est d'y revoir toujours l'ennemi qui m'oblige.

Laisse-moi m'affranchir de cette indignité.

Et souffre que ma haine agisse en liberté*.

A cet empressement j'ajoute une requête :

Vois l'urne de Pompée; il y manque sa tête'' :

JNe me la retiens plus ; c'est l'unique faveur

Dont je te puis encor prier avec honneur.

CÉSAR

Il est juste , et César est tout prêt de vous rendre Ce reste où vous avez tant de droit de prétendre ; Mais il est juste aussi qu'après tant de sanglots A ses mânes errants nous rendions le repos , Qu'un bûcher allumé par ma main et la votre Le venge pleinement de la honte de l'autre 7 ;

' Il pst évident que Cornélie , qui redemande ses galères, est al)si)luiiienl inutile. La pièce est finie, et ces galères ne sont point le sujel de la tragédie. (V.)

^ Il vcul dire, n\i pu profiter de la clémence de César; mainjoidr du cœur de Céxar est une expression impropre. (V.)

^ N'e.sl-ce pas donmiage que cette expression ail entièrement vieilli? On dirait aujourd'liui, autant qu''il peut Vitre; mais ce qu'il peut l't'tre n'est-il pas plus énergique? (V.)

■i t:Vsl sans doule une faute d'impression; on doit lire , aux cluniqemeuts de rois; mais un peuple qui pousse un bruit est un harharisme. (V.)

* Klle parle toujours de sa haine quand elle ne devrait parler ()ue de sa reconnaissance. (V.)

^ La lète pour rejoindre à l'urne est un accessoire qui, ne pouvant être refusé, ne mérite peut-être pas d'être deniaiulé; c'est une circonstance étrangère, et les compliments de César paraissent superflus quand l'action est entièrement finie. (V.)

7 On ne voit pas à quoi se rapporte cet autre. Il veut diie apparemment Vautre bûcher. (V.)

rOMPEE, ACT

Que son ombre s'apaise on voyant notre ennui ; Kl qu'une urne plus digne et de vous et de lui, Après la flamme éteinte et les pompes finies, Renferme avec éclat ses cendres réunies. De cette même main dont il fut combattu II verra des autels dressés à sa vertu; H recevra des vœux, de l'encens, des victimes, Sans recevoir par là d'honneurs que légitimes = : Pour ces justes devoirs je ne veux que demain ; P<e me refusez pas ce bonheur souverain, l'aites un peu de force à votre inipatience ' ; Vous êtes libre après; partez en diligence; Portez à notre Rome un si digne trésor; Portez...

Non pas , César, non pas à Rome encor : Il faut que la défaite et que tes funérailles A cette cendre aimée en ouvrent les murailles ^ ; l'!l quoiqu'elle la tienne aussi chère que moi, l'Jle n'y doit rentrer qu'en triomphant de loi ^. .le la porte en Afrique ; et c'est là que j'espère Que les fils de Pompée , et Galon et mon père , Secondés par l'effort d'un roi plus généreux , Ainsi que la justice auront le sort pour eux. (l'est là que lu verras sur la terre et sur l'onde l.e débris de Pharsale armer un autre monde ; Kt c'est là que j'irai , pour hâter tes malheurs. Porter de rang en rang ces cendres et mes pleurs, .le veux que de ma haine ils reçoivent des règles, Qu'ils suivent au combat des urnes au lieu d'aigles ^ ;

■ Vers trop dur et trop négligé. (V.)

' Cola n'est pas français; il faut, ou modérez votre impaticiire, ou mrtti'z nn frein à votre impatience , ou quelque autre tour. (V.)

■* On se lasse à la lin d'entenclre Cornélie qui demande toujours les funérailles de César, et qui le lui dit en face : Qiiid iteceat, qiiid non. (V.)

'i Ces vers déparent la heaiidi et j'Iiannonie des autres , c'est j^i (|iioi il faut toujours prendre ;;arde. Voyez que ces deux (•//(.' font un niau\ ais effet , parce ((ue l'une se rapporte à Rome , et l'autre a la cendre de Ponq)ée, sansque la construction indi(|ue ces rapports nécessaires. Voyez conihii^n ce vers est rude : et qiioiqii'rltr ta tiiinie aussi rliîrr i/ur... Tout xcrs qui n'est pas aussi liarnioiiieux (pi'exact et correctt doit élre iiaiiiii de la poésie : \oila pourcpioi il est si priKli^^ieusenicid diriicile d'en faire de bons dans toutes les langues, et surtout dans la notre. (V.)

^ Cela est trop impropre et trop vicieux. Qu'esl-ce qu'une haine qui donne des rèi/les à des air/tesp Que ee vers affaiMil le précèdent, (|ui l'st adtiiiralilel De plus, faut-il que Cornélie parle toujours a Ci'sar de sa haine pour lui? Il serait liien plus l)eau,;i mon gré, de lui dire (prelle sera toujours son ennemie sans pouvoir haïr un si grand lionnne. (V.) — Ce n'est point aux o'i/les qu'elle prétend domier des règles, puis(|u'ell(' veut y substituer des urnes; c'est aux soldats à f|ui elle portera de rang en rang la cendre de Pompée , et (|u"elle appelle le déhris

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