‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 648 sur 1093 · E V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

E V, SCÈNE IV

Kt que ce triste objet porte en leur souvenir Les soins de le venger, et ceux de le punir Tu veux à ce héros rendre un devoir suprême ; li'honneur que tu lui rends rejaillit sur toi-même : Tu m'en veux pour témoin ; j'obéis au vaint]iieur; i\Iais ne présume pas toucher par là mon cœur ■. La perte que j'ai faite est trop irféi)arai)le; La source de ma haine est trop inépuisable : A l'égal de mes jours je la ferai durer ; .Je veux vivre avec elle, avec elle expirer.

Je t'avouerai pourtant, comme vraiment Ivoinaino ' , Que pour toi mon estime est égale à ma haine ; Que l'une et l'autre est juste, et montre le pouvoir, L'une de la vertu , l'autre de mon devoir ; Que l'une est généreuse, et l'autre intéressée, Kt que dans mon esprit l'une et l'autre est forcée -^ Tu vois quêta vertu, qu'en vain on veut trahir, I\le force de priser ce que je dois haïr : .1 uge ainsi de la haine où mon devoir me lie ^ , La veuve de Pompée y force Cornélie.

J'irai, n'en doute point, au sortir de ces lieux. Soulever contre toi les honnnes et les dieux ; Ces dieux qui t'ont flatté, ces dieux qui m'ont trompé'o; Ces dieux qui dans Pharsale ont mal servi Pompée , Qui , la foudre à la main , l'ont pu voir égorger; Ils connaîtront leur faute , et le voudront venger ■'. Mon zèle, à leiu" refus, aide de sa mémoire, Te saura bien sans eux arracher la victoire : Kt (juand tout mon effort se trouvera rompu '' , Cléopâtre fera ce que je n'aurai pu.

Je sais quelle est ta flammeet quelles sonlsesforcesv,

de Pharsale. Le mol règles, qui est réellement impropre , demandait il élre remplacé par celui de lois :

Je veux que de ma balue ils reçoivent des lois ;

mais ici Corneille sacrilia l'exacUlude à la rime; ce (|u'il faut toujours éviter. (P.)

' Cela sérail bon si Ci'saravail làciié de l'engager à suivre son parli; mais il n'y a jamais pensé : il n'a pasdil àCorneile un seul mot (|ui pùl lui doinier celle pré.soniption. (V.)

•■' Mile a déjà dit plusieurs fois (|u'elleesl Romaine, et cette affectation diminue beaucoup de la vraie grandeur. (V.)

-* Toutes ces aniitlièses et (;elle pelile diss(;rlati()n dégradent la noblesse de ce rôle, elles répétitions continuelles affaiblissent le sentiment. (V.)

'1 Un devoir qui la lie à la haine! et toujours la haine! (V.)

^ (les dieux qui connaiiront leurl'aule, et ce zèle (pu saura bien sans eux arracher la \ieloire, sont une di'clamalion si ampoulée el si puérile, (|u'on uv peul s'enq)écher de s'élever avec •"orci' contre ce faux goût. On admirait autrefois ce galimatias , tant le bon goùlesl rare, tant l'espril îles nalions sepleidrionales de l'Iùn-opc^ est difliciie à former! (V.) — (;rdimalias e.-,l co (|ui n'a aucun sens; el l'on entend très-bien ce (|ue veut dire :

Ils connaîtront leur faute , cl le voudront vcnKcr.

Il est vrai que cette pensée; tient du style ampoulé de Lucain ; mais levers n'en est pas moins très-intelligible. (P.)

'' Un efl'orl (|ui se trouve rompu! (V.)

V l.es forces de sa flamme' Il on a ]iu applaudir à lous 008

394 POMPEE, ACTE V, SCEiNE V.

Que tu n'ignores pas comme on fait les divorces, Que ton amour t'aveugle, et que pour l'épouser Rome n'a point de lois que tu n'oses briser : Mais sache aussi qu'alors la jeunesse romaine Se croira tout permis sur l'époux d'une reine. Et que de cet hymen tes amis indignés Vengeront sur ton sang leurs avis dédaignés. J'empêche ta ruine, empêchant tes caresses '. Adieu : j'attends demain l'effet de tes promesses.

Page 1