SCÈNE PREMIÈRE
GÉRONTE, CLARICE, ISARELLE.
CLARICE
Je sais qu'il vaut beaucoup étant sorti de vous ; Mais, monsieur, sans le voir, accepter un époux, Par quelque haut récit qu'on en soit conviée^ ,
' Le festin en main ; mauvaise expression de ce temps-là. (V.)
* Ce mot intnqucs n'est plus d'usage. Tbomas Corneille, dans l'édition qu'il lit des Œuvres de son frère ( wn), substitua :
Mois enfin ces pratiques
Vous couvriront de lionte en devenant publiques. (V.)
3 A me suivre, est un barbarisme. (V.)
4 Cette expression conviée, prise en ce sens', Ti'esl plus d'usage; mais j'ose croire que, si on voulait l'employer <'i propos, elle reprendrait ses premiers droits. Remanpiez ici (luelasi^ènu change. Le premier acte s'est passé dans les Tuileries; à yrr- .senl nous sommes dans la niîii.son deClarice, à la placi^ Ildjale: on aurait pu aisément supposer que la mai.son est \iiisine du
-iOG
C'est grande avidité de se voir mariée : D'ailleurs , en recevoir visite et compliment , Et lui permettre accès en qualité d'amant , A moins qu'à vos projets un plein effet réponde , Ce serait trop donner à discourir au monde. Trouvez donc un moyen de me le faire voir, Sans m'exposer au blâme et manquer au devoir.
GÉRONTE
Oui , vous avez raison , belle et sage Clarice ; Ce que vous m'ordonnez est la même justice ' ; Et comme c'est à nous à subir votre loi , Je reviens tout à l'heure , et Dorante avec moi. Je le tiendrai longtemps dessous votre fenêtre , Afln qu'avec loisir vous puissiez le connaître ^ , Examiner sa taille , et sa mine , et son air, Et voir quel est l'épou-x que je vous veux donner 3. 11 vint hier de Poitiers , mais il sent peu l'école; Et si l'on pouvait croire un père à sa parole, Quelque écolier qu'il soit , je dirais qu'aujourd'hui Peu de nos gens de cour sont mieux taillés que lui. I\Iais vous en jugerez après la voix publique. Je cherche à l'arrêter, parce qu'il m'est unique 4 , Et je brûle surtout de le voir sous vos lois.
CLAHICE.
Vous m'honorez beaucoup d'un si glorieux choix. Je l'attendrai , monsieur, avec impatience, Et je l'aime déjà sur cette confiance.
jiudin des Tuileries, et que le spectateur voit l'une et l'autre, iVous avons déjà dit que l'unité de lieu ne consiste pas à rester toujours dans le même endroit, et que la scène peut se passer dans plusieurs lieux représentés sur le théâtre avec vraisemblance : rien n'empêche qu'on ne voie aisément un jardin , un vestibule , une chambre. (V.)
1 La même justice ne siguilie pas la justice même. Voyez ce qui est dit sur cette règle dans les uotes sur la tragédie de C/««ff.
2 Cette manière de présenter un amant à sa maîtresse , qu'il doit épouser, parait un peu singulière dans nos mœurs ; mais la pièce est espagnole , et , de plus , ce n'est point ici une entrevue : le père ne veut que prévenir Clarice par la bonne mine de son lils. (V.)
3 Son air donner. Il faut rimer à l'oreille, pui.sque c'est
pour elle que la rime fut inventée , et qu'elle n'est que le retour des mêmes sons, ou du moins de sons à peu près semblables. On prononçait donner en faisant sonner la finale r, comme s'il y avait eu donneur. (V.)
•i On ne dit pas il m'est unique comme il m'est chfr, il m'est nijréahle, parce que unique n'est pas un adjectif, une qualité susceptible de régime ; il est agréable pour moi, agréable à mes yeux. Unique e^t absolu. Mais pourquoi dit-on , cela m'est agréable, et ne peut-on pas dire, cela m'est aimable. > cela est plaisant à mon goût, et non p;is cela m'est plaisant.^ C'est qu'agréable vient d'agréer; cela m'agrée , au datif. Plaisant vient de plaire; cela me plait, aussi au datif, comme s'il y avait p7ai7 à moi. il n'en est pas ainsi d'à ijncr; j'aime cette pièce, et non cette pièce aime a moi; ll^ll.^iull ne peut dire, tti'est «imablc. (V,)