CLARICE, ALCIPPE
ALCIPPE
Ah! Clarice! ah! Clarice! inconstante! volage!
CLARICE , à part, le premier vers.
Aurait-il deviné déjà ce mariage.^ Alcippe, qu'avez-vous ? qui vous fait soupirer?
ALCIPPE
Ce que j'ai , déioyale! eh! peux-tu l'ignorer? Parle à ta conscience, elle devrait t'apprendre...
CLARICE
Parlez un peu plus bas, mon père va descendre.
Ton père va descendre, âme double et sans foi ■ ! Confesse que tu n'as un père que pour moi. La nuit, sur la rivière...
CLARICE
Eh bien! sur la rivière?
La nuit! quoi? qu'est-ce entin?
ALCIPPE
Oui , la nuit tout entière.
CLARICE
Après?
ALCIPPE
Quoi! sans rougir?...
CLARICE
Rougir! à quel propos?
ALCIPPE
Tu ne meurs pas de honte, entendant ces deux mots !
CLARICE
IMourir pour les entendre! et qu'ont-ils de funeste?
» Tout cela parait choquer un peu la bienséance, mais on pardonne au temps où Corneille écrivait : on lutoyait alors an théâtre. Le tutoiement, qui rend le discours plus serré, plus vif, a souvent de la noblesse et de la foret; dans la tragédie ; on aime à voir Rodrigue et Chimène l'employer. Remarquez cependant que l'élégant Racine ne se permet guère le lutoiemenj (|ue quand un père irrité parle à son lils, ou un maiire à ini conlident, ou quand une amante emportée se plaint ;i son amant .
Je ne t'ai point aimé? Cruel , qu'ai-jc donc fait ?
Herinionc tlil :
Nedevals-tu pas lire au fond de ma pensée?
Phèdre dit :
lili bien ! connais donc l'iiédrc et toute sa tuK ur
Mais jamais Achille, Oresle, Brilannicus, elc. ne IuloienI leurs maîtresses. A plus forte raison cettemanKn'edes'exprimerdoilcllc être bannie de la comédie, tiui est la peinture de nos ma'urs. Molièn; en fait usage dans le Dépit auiournir , m.li^ il s'est ensuile corrigé lui même- (V.)