SCÈNE IV
Va , ris de ma douleur alors que je te perds ; Par ces indignités romps toi-même mes fers ; Aide mes feux trompés à se tourner en glace; Aide un juste courroux à se mettre en leur place. Je cours à la vengeance, et porte à ton amant Le vif et prompt effet de mon ressentiment. S'il est homme de cœur, ce jour même nos armes Régleront par leur sort tes plaisirs ou tes larmes ' ; Et plutôt que le voir possesseur de mon bien , Puissé-je dans son sang voir couler tout le mien »! Le voici ce rival , que son père t'amène 3 :
là vient que dans la Mère coquette de Quinault , Jouée plus de vingt ans après , la pièce commence par ce vers :
Je t'ai baisé deux fois. — Quoi ! tu baises par compte?
II faut encore observer que, quand ces familiarités ridicules sont inutiles à l'intrigue, c'est un défaut de plus (V.)
' Cela n'est pas français. Régler ne veut pas dire causer; on ne peut dire régler des larmes, régler des plaisirs. (V.),
^ L'auteur parait ici quitter absolument le ton de la comédie, et s'élever à la noblesse des images et des expressions tragiques ; mais il faut observer que c'est un amant au désespoir qui veut appeler son rival en duel : les expressions suiventordinairement le caractère des passions qu'elles expriment.
Interdum tamen et vocem comœdia tollit. (V.)
3 On ne conçoit pas trop comment Alcippe peut voir entrer Dorante. Le premier vers de la cinquième scène prouve que Dorante et Géronte son père sont dans une place publique , ou dans une rue sur laquelle donnent les fenêtres de Clarico, ou à toute force dans le jardin des Tuileries , qui est le premier lieu de la scène, quoiqu'il soit assez peu vraisemblable que tous les IHTSonnages de cette comédie passent leur journée, et ne fassent leurs affaires, qu'en se promenant dans un jardin. Or, Alcippe est encore dans la maison de Clarice; car ce n'est sûrement ni dans la rue , ni dans un jardin public que Géronte vient rendre visite à Clarice, et lui proposer son (ils en mariage. Ce n'est pas non plus dans la rue que Clarice découvre à sa soubrette les secrets de son cœur. Knliu ce ne peut pas être dans la rue qu'Alcippe vient débiter à sa maîtresse deux pages d'injures, et lui demander ensuite deux baisers; cela ne serait ni vraisemblable ni décent : ce n'est pas dans le milieu d'un jardin , puisque Clarict; le prie de parler plus bas , de crainte que son père ne l'entende. Il faut doue conclure que le lieu de la
Ma vieille amitié cède à ma nouvelle liai ni' ; Sa vue accroît l'ardeur dont je me sens briller : Mais ce n'est pas ici qu'il faut le quereller '.