LE MENTEUR, ACTE III, SCÈNE II
ALCIPPE
Vous le savez assez.
DORANTE
Plusje me considère, Moins je découvre en moi ce qui vous peut déplaire.
ALCIPPE
Eh bien! puisqu'il vous faut parler plus clairement , Depuis plus de deux ans j'aime secrètement ; Mon affaire est d'accord ' , et la chose vaut faite ; Mais pour quelque raison nous la tenons secrète. Cependant à l'objet qui me tient sous sa loi , Et qui sans me trahir ne peut-être qu'à moi , Vous avez donné bal, collation , musique; Et vous n'ignorez pas combien cela me pique , Puisque , pour me jouer un si sensible tour, Vous m'avez à dessein caché votre retour. Et n'avez aujourd'hui quitté votre embuscade Qu'afin de m'en conter l'histoire par bravade. Ce procédé m'étonne, et j'ai lieu de penser Que vous n'avez rien fait qu'afln de m'offenser.
nOBANTE.
Si vous pouviez encor douter de mon courage , Je ne vous guérirais ni d'erreur ni d'ombrage , Et nous nous reverrions , si nous étions rivaux ; Mais comme vous savez tous deux ce que je vaux , Écoutez en deux mots l'histoire démêlée : Celle que cette nuit sur l'eau j'ai régalée IN'a pu vous donner lieu de devenir jaloux, Car elle est mariée, et ne peut être à vous; Depuis peu pour affaire elle est ici venue, Et je ne pense pas qu'elle vous soit connue.
ALCIPPE
Je suis ravi , Dorante , en cette occasion , De voir si tôt finir notre division.
DORANTE
Alcippe, une autre fois donnez moins de croyance Aux premiers mouvements de votre défiance ; Jusqu'à mieux savoir tout sachez vous retenir, Et ne commencez plus par oii l'on doit finir. Adieu; je suis à vous.