‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 676 sur 1093 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

ALCIPPE, PIIILISTE.

PHILISTE

Ce cœur encor soupire?

ALCIPPE

Ilélas! je sors d'un mal pour tomber dans un pire.

Cette collation, qui l'aura pu donner?

A qui puis-je m'en prendre? et que m'imaginer ?

' Les hommes sont (Vuccord; Ips affaires sont accordées, tirmintes, uccumnwdécs , finies. (V.)

PHILISTE

Que l'ardeur de Clarice est égale à vos flammes \ Cette galanterie était pour d'autres dames. L'erreur de votre page a causé votre ennui ; S'étant trompé lui-même, il vous trompe après lu J'ai tout su de lui-même, et des gens de Lucrèce.

Il avait vu chez elle entrer votre maîtresse. Mais il n'avait pas su qu'Hippolyte et Daphné, Ce jour-là par hasard , chez elle avaient dîné. Il les en voit sortir, mais à coiffe abattue. Et sans les approcher il suit de rue en rue ; Aux couleurs , au carrosse , il ne doute de rien ; Tout était à Lucrèce , et le dupe si bien , Que, prenant ces beautés pour Lucrèce et Clarice. Il rend à votre amour un très-mauvais service. Il les voit donc aller jusques au bord de 1 eau. Descendre de carrosse , entrer dans un bateau ; Il voit porter des plats, entend quelque musique, A ce que l'on m'a dit , assez mélancolique. Mais cessez d'en avoir l'esprit inquiété , Car enfin le carrosse avait été prêté : L'avis se trouve faux ; et ces deux autres belles Avaient en plein repos passé la nuit chez elles.

ALCIPPE

Quel malheur est le mien! Ainsi donc sans sujet J'ai fait ce grand vacarme à ce charmant objet !

PHILISTE

Je ferai votre paix. Mais sachez autre chose : Celui qui de ce trouble est la seconde cause , Dorante , qui tantôt nous en a tant conté De son festin superbe et sur l'heure apprêté. Lui qui , depuis un mois nous cachant sa venue , La nuit, incognito, visite une inconnue. Il vint hier de Poitiers , et , sans faire aucun bruit , Chez lui paisiblement a dormi toute nuit ».

ALCIPPE

Quoi! sa collation...?

N'est rien qu'un pur mensonge , Ou quand , s'il l'a donnée il l'a donnée , en songe ^.

' Ce mot au pluriel était alors en usage ; et en effet pourquoi ne pas dire à vos flammes, aussi bien qu'à vos feux , à vus amours? (V.)

' On disait alors toute nuit, au lieu de toute la nuit ; mais , comme on ne pouvait pas dire totitjour,hca\isc de l'équivoque (le toujours, on a dit toute la nuit, comme on disait tout le jour. (V. )

^ Il est évident que ce dernier vers n'est placé là que pour la rime : ce sont de légères taches , que la dlflicullé de notre poésie doit faire excuser; dès qu'on voit songe, on est prescfucsùrdo mensonge. (V. ) — Rien ne nous parait moins évident. PiiiU.slo sait que Dorante, au lieu de pa.sser la nuit à donner des fèt(!S, comme il s'en est vanté, ne l'a réellement pa.sséeque dans son lit, sans autre projet que d'y bien dormir. S'il adonné une fêle, il n'a donc pu la donner qu'en songe. La plaisanterie est nonseulement amenée, mais elle a delà grâce. (P.)

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