LE MENTEUR, ACTE III, SCÈNE III
ALCIPPE
Dorante , en ce combat si peu préniéililé, M'a foit voir trop de cœur pour tant de lâcheté. ï,a valeur n'apprend point la fourbe en son école ; Tout homme de courage est homme de parole; A des vices si bas il ne peut consentir, Et fuit plus que la mort la honte de mentir. Cela n'est point.
PHILISTE
Dorante, à ce que je présume, Fst vaillant par nature, et menteur par coutume. Ayez sur ce sujet moins d'incrédulité , I-,t vous-même admirez notre simplicité.
A nous laisser duper nous sommes bien novices ■ , Une collation servie à six services, Quatre concerts entiers , tant de plats , tant de feux , Tout cela cependant prêt en une heure ou deux , Comme si l'appareil d'une telle cuisine Fi1t descendu du ciel dedans quelque machine. Quiconque le peut croire ainsi que vous et moi , S'il a manqué de sens , n'a pas manqué de foi '. Pour moi , je voyais bien que tout ce badinage Répondait assez mal aux remarques du page ; Mais vous?
ALCIPPE
La jalousie aveugle un cœur atteint , Et, sans examiner, croit tout ce qu'elle craint. Mais laissons là Dorante avecque son audace; Allons trouver Clarice , et lui demander grâce : Elle pouvait tantôt m'entendre sans rougir.
PHILISTE
Attendez à demain , et me laissez agir ;
Je veux par ce récit vous préparer la voie ,
Dissiper sa colère , et lui rendre sa joie.
Ne vous exposez point, pour gagner un moment.
Aux premières chaleurs de son ressentiment.
ALCIPPE
Si du jour qui s'enfuit la lumière est fidèle. Je pense l'entrevoir avec son Isabelle.
Je suivrai tes conseils, et fuirai sou courroux Jusqu'à ce qu'elle ait ri de m'avoir vu jaloux.