‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 686 sur 1093 · LE MENTEUR, ACTE IV, SCÈNE L · texte numérisé non relu

LE MENTEUR, ACTE IV, SCÈNE L

Pour sortir si matin elle a trop de paresse.

DOBANTE.

On trouve bien souvent plus qu'on ne croit trouver ; Et ce lieu pour ma flamme est plus propre à rêver : J'en puis voir sa fenêtre , et de sa chère idée ÎVIon âme à cet aspect sera mieux possédée.

CLITOÎV.

A propos de rêver, n'avez-vous rien trouvé Pour servir de remède au désordre arrivé?

DOBANTE.

Je me suis souvenu d'un secret que toi-même

Me donnais hier pour grand, pour rare , pour suprê-

Un amant obtient tout quand il est libéral. [me ■ :

CLITON

Le secret est fort beau , mais vous l'appliquez mal : Il ne fait réussir qu'auprès d'une coquette.

DOBANTE.

Je sais ce qu'est Lucrèce , elle est sage et discrète ' ;

A lui faire présent mes efforts seraient vains ^ :

Elle a le cœur trop bon ; mais ses gens ont des mains ;

Et bien que sur ce point elle les désavoue,

Avec un tel secret leur langue se dénoue :

Ils parlent; et souvent on les daigne écouter.

A tel prix que ce soit , il m'en faut acheter.

Si celle-ci venait qui m'a rendu sa lettre 4,

Après ce qu'elle a fait j'ose tout m'en promettre;

Et ce sera hasard si , sans beaucoup d'effort ,

Je ne trouve moyen de lui payer le port.

CLITON

Certes , vous dites vrai , j'en juge par moi-même : Ce n'est point mon humeur de refuser qui m'aime; Et comme c'est m'aimer que me faire présent, Je suis toujours alors d'un esprit complaisant.

DORANTE

Il est beaucoup d'humeurs pareilles à la tienne.

CLITON

]\Iais , monsieur, attendant que Sabine survienne , Et que sur son esprit vos dons fassent vertu 5,

souvent dans cette comédie , et que , par conséquent, l'unité de lieu n'y était pas scrupuleusement observée. (V.)

' Un secret suprême! voilà à quoi l'esclavage de la rime réduit trop souvent les auteurs ; on emploie les mots les plus impropres, parce qu'ils riment. C'est le plus grand défaut de notre poésie : il vaut mieux rejeter la plus belle pensée que de la mal exprimer. (V.)'

* D'où le sait-il , lui qui arriva hier de Poitiers? (V.) — Il le sait de Cliton même , à qui il a donné ordre de s'en informer à la septième scène du second acte, et qui lui en a rendu compte à la quatrième scène du troisième. Voltaire mit trop de précipitation dans quelques parties de son travail; ces observations en sont la preuve. (P.;

^ Il faut dire : faire un présent , on faire pi-ésent de quelque chose. (V.)

■'< Ce vers n'est pas français ; il faudrait celle-là , ou celle. Celle ne doit point se séparer du qui ; mais ce n'est qu'une petite faute. (V.)

5 On dit : se faire une vertu, faire une vertu d'un vice;

LE IMENTEUR, ACTE IV, SCÉXE lïl.

Ti court quHqiio bruit souril qu'Aloippe s est battu.

DORANTE

Contre qui?

CLITON

L'on ne sait, niais un confus murmure D'un air pareil au vôtre à peu près le figure; Kt, si detout lejour je vous avais quitté, Je vous soupçonnerais de cette nouveauté.

DOUANTE.

Tu ne nie quittas point pour entrer chez Lucrèce!

Ah! monsieur, m'auriez-vous joué ce tour d'adresse?

DORANTE

Nous nous battîmes hier, et j'avais fait serment De ne parler jamais de cet événement ; Mais à toi , de mon cœur l'unique secrétaire, A toi , de mes secrets le grand dépositaire , .Fe ne cèlerai rien , puisque je l'ai promis.

Depuis cinq ou six mois nous étions ennemis : ]1 passa par Poitiers, où nous prîmes querelle; Et comme on nous fit lors une paix telle quelle , ]\ous sûmes l'un à l'autre en secret protester Qu'à la première vue il en faudrait tàter. Hier nous nous rencontrons; cette ardeur se réveille, Fait de notre embrassade un appel à l'oreille ; Te me défais de toi , j'y cours , je le rejoins , ISous vidons sur le pré l'affaire sans témoins; Et le perçant à jour de deux coups d'estocade, Je le mets hors d'état d'être jamais malade : Il tombe dans son sang.

CLITON

A ce compte il est mort?

DOBANTE.

Je le laissai pour tel.

CLITON

Certes , je plains son sort :

Il était honnête homme; et le ciel ne déploie...

Page 1