‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 704 sur 1093 · LE MENTEUR · texte numérisé non relu

LE MENTEUR

Qu'il faille que de lui je fasse plus de compte, Et que ton père même , en doute de ta foi , Donne plus de croyance à ton valet qu'à toi !

Écoute : je suis bon , et , malgré ma colère , Je veux encore un coup montrer un cœur de père ; Je veux encore un coup pour toi me hasarder. Je connais ta Lucrèce, et la vais demander; Mais si de ton côté le moindre obstacle arrive...

DORANTE

Pour vous mieux assurer, souffrez que je vous suive.

GÉllONTE.

Demeure ici , demeure, et ne suis point mes pas : Je doute, je hasarde, et je ne te crois pas. .Mais sache que tantôt si pour cette Lucrèce "l'u fais la moindre fourbe, ou la moindre finesse , Tu peux bien fuir mes yeux, et ne me voir jamais ; Autrement souviens-toi du serment que je fais : Je jure les rayons du jour qui nous éclaire Que tu ne mourras point que de la main d'un père , Et que ton sang indigne à mes pieds répandu Kendra prompte justice à mon honneur perdu.

DORANTE, CLITON

DOBANTE.

Je crains peu les effets d'une telle menace.

CLITON

Vous vous rendez trop tôt et de mauvaise grâce ; Et cet esprit adroit , qui l'a dupé deux fois , Devait en galant homme aller jusques à trois : Toutes tierces , dit-on , sont bonnes , ou mauvaises ' .

DOBANTE.

Cliton, ne raille point, que tu ne me déplaises : D'un trouble tout nouveau j'ai l'esprit agité.

CLITON

N'est-ce point du remords d'avoir dit vérité ? Si pourtant ce n'est point quelque nouvelle adresse; Car je doute à présent si vous aimez Lucrèce ^ , Et vous vois si fertile en semblables détours, Que, quoi que vous disiez , je l'entends au rebours.

DORANTE

Je l'aime; et sur ce point ta défiance est vaine; Mais je hasarde trop , et c'est ce qui me gêne.

' Cftle plaisanterie est lirré de l'opinion on l'on «''lait alors que le f roisièmc accès de lièvre décidait de la f;ucrison ou de la mort. (V.)

^ On ne sait, en effet, qui Dorante aime; il ne le sait pas luimême : c'est une intrigue ou le lecteur n'a aucune part. Dorante, Lucrèce et Clarice, prennent .si peu de part à cet amour, que le spectateur n'y prend aucun intérêt. C'est un très-grand défaut, comme on l'a déjà dit; et l'iulrigue n'est point .i.ssez plai.sante pour réparer celle laiitc : la pièce ne se soulicnl que par le comique des menttries de Dorante. (V.)

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